Mission des États-Unis auprès des Nations unies
Madame l’ambassadrice Linda Thomas-Greenfield
Représentante des États-Unis auprès des Nations unies
Le 11 mars 2022

Merci, monsieur le président. Et merci à nos intervenants pour leurs allocutions de ce matin.

La Russie a demandé au Conseil de sécurité la réunion d’aujourd’hui dans le seul but de mentir et de répandre de fausses informations, et c’est exactement ce que vous avez entendu de la part du représentant russe ce matin. Mme Nakamitsu vous a également dit que l’ONU n’avait connaissance d’aucun programme d’armes biologiques ou chimiques en Ukraine.

Le mois dernier, le secrétaire Blinken a exposé avec une précision tragique ce que la Russie était sur le point de faire. Il a spécifiquement averti que la Russie fabriquerait de toutes pièces un prétexte pour attaquer, et même qu’elle inventerait des allégations sur des armes chimiques ou biologiques pour justifier ses propres attaques violentes contre le peuple ukrainien. Aujourd’hui, le monde regarde la Russie faire exactement ce que nous avions prévenu qu’elle ferait. La Russie tente de se servir du Conseil de sécurité pour légitimer la désinformation et tromper les gens afin de justifier la guerre choisie par le président Poutine contre le peuple ukrainien. Et la Chine, elle aussi, participe à une campagne de désinformation à l’appui des affirmations scandaleuses de la Russie.

Je tiens à le dire une fois pour toutes : l’Ukraine n’a pas de programme d’armes biologiques. Il n’y a pas de laboratoires ukrainiens d’armes biologiques soutenus par les États-Unis – ni à proximité de la frontière russe ni ailleurs.

Les faits sont donc les suivants : l’Ukraine possède et exploite sa propre infrastructure de laboratoires de santé publique. Ces installations permettent de détecter et de diagnostiquer des maladies comme la COVID-19, pour le plus grand bénéfice de tous. Les États-Unis ont aidé l’Ukraine à le faire en toute sécurité. C’est un travail qui a été fait fièrement, clairement et au grand jour. Il s’agit uniquement de la protection de la santé des personnes. Cela n’a absolument rien – absolument rien – à voir avec des armes biologiques.

En fait, c’est la Russie qui administre depuis longtemps un programme d’armes biologiques en violation du droit international. C’est la Russie qui a une histoire bien documentée d’utilisation d’armes chimiques. C’est la Russie qui est l’agresseur ici. Ce sont des agents russes qui ont empoisonné Alekseï Navalny et Sergeï et Yulia Skripal avec des agents neurotoxiques. C’est la Russie qui continue de soutenir le régime d’Assad en Syrie et de le protéger de toute responsabilité alors que l’ONU et l’OIAC ont confirmé qu’Assad a utilisé à plusieurs reprises des armes chimiques au cours des quelques dernières années.

Et nous sommes profondément préoccupés par le fait que l’appel de la Russie à cette réunion est une tentative potentielle de diversion en action – exactement le genre de choses contre lequel nous avons mis en garde, comme l’a notamment fait le secrétaire Blinken ici au Conseil de sécurité le mois dernier. La Russie a souvent accusé à tort par le passé d’autres pays des violations mêmes qu’elle-même commet. Et de ce fait et conformément à nos déclarations précédentes, nous craignons sérieusement que la Russie envisage d’utiliser des agents chimiques ou biologiques contre le peuple ukrainien. L’intention derrière ces mensonges semble claire et profondément troublante. Nous pensons que la Russie pourrait utiliser des agents chimiques ou biologiques pour des assassinats, dans le cadre d’un incident mis en scène ou dont elle fera porter la responsabilité par l’autre partie, ou dans le cadre d’opérations militaires tactiques. Depuis le début, notre stratégie pour contrer les tactiques de la Russie a été communiquer ce que nous savons au monde entier de manière transparente. Et franchement, nous avons eu raison plus souvent que nous ne le souhaiterions.

Nous n’allons pas laisser la Russie mentir au monde ou salir l’intégrité du Conseil de sécurité en utilisant ce forum comme lieu de légitimation de la violence de Poutine. La Russie a attaqué des maisons, des écoles, des orphelinats et des hôpitaux. La Russie a attaqué des infrastructures civiles, notamment des installations d’approvisionnement en eau et d’assainissement. Ses forces assiègent les villes ukrainiennes. Des centaines de milliers de civils n’ont maintenant plus accès à l’électricité pour le chauffage ou l’eau potable pour rester en vie. C’est la Russie qui est l’agresseur ici.

Et malgré tous les efforts de la Russie, les médias – et les Ukrainiens ordinaires – documentent cette vérité sur le terrain. La Russie ne peut pas camoufler la une du New York Times qui montrait lundi les corps d’une mère ukrainienne et de ses deux enfants morts alors qu’ils tentaient de traverser un pont à l’extérieur de Kiev pour fuir vers la sécurité. La Russie ne peut pas dissimuler le travail des journalistes de l’AP qui ont photographié un médecin qui tentait de réanimer un enfant de 18 mois, Kirill, mort à la suite d’un bombardement russe à Marioupol. La Russie ne peut pas supprimer la publication sur les réseaux sociaux, confirmée et amplifiée par CBS News, qui raconte l’histoire du garçon ukrainien de 11 ans qui s’est enfui en Slovaquie, tout seul, avec seulement un passeport, un sac en plastique et un numéro de téléphone griffonné sur ses mains. La Russie ne peut pas faire taire les reportages d’Al-Jazeera sur les soldats russes qui terrorisent les villes ukrainiennes. Et les journalistes ukrainiens risquent leur vie chaque jour pour informer le monde des derniers faits sur le terrain, par exemple avec le reportage de Novoe Vremye sur le comportement imprudent des forces russes en ce qui concerne les installations nucléaires ukrainiennes.

La Russie échoue dans sa tentative de création d’une réalité alternative. En fait, la propagande même des diplomates russes est incohérente. Pas plus tard qu’hier, le porte-parole du Kremlin a déclaré qu’il n’avait pas d’informations claires sur les forces russes qui ont tiré sur une maternité. Ensuite, le ministre des Affaires étrangères lui-même a nié que la Russie ait attaqué l’Ukraine, juste avant d’admettre que la Russie avait délibérément ciblé cette maternité de Marioupol. Leurs affabulations n’avaient pas d’importance, car le monde avait déjà vu les images déchirantes diffusées sur CNN de femmes enceintes ensanglantées évacuées de la scène de l’attaque russe contre l’hôpital.

Même les propres citoyens de la Russie en ont assez de ces mensonges. Les athlètes russes écrivent « pas de guerre » sur leurs chaussures et sur les caméras de télévision. Les citoyens russes défilent dans les rues et protestent contre la guerre choisie par Poutine. Et même les commentateurs de la télévision d’État russe – le propre bras de propagande de Poutine – ont appelé Poutine à mettre fin à l’action militaire.

C’est pourquoi nous ne nous sommes pas opposés à la tenue de la réunion d’aujourd’hui. Elle a confirmé nos prédictions, révélé les objectifs de la Russie au monde et exposé ses mensonges pour ce qu’ils sont en fait – une tentative malveillante de couverture des atrocités commises par la Russie dans le cadre de son attaque illégale et non provoquée contre l’Ukraine. Il s’agit d’une stratégie tout à fait caractéristique de la Russie, et cela ne nous convaincra absolument pas.

Le monde a les yeux fixés sur nous. Les preuves photographiques et vidéo s’accumulent et vous devrez répondre de vos actes. Nous ne tolérerons pas d’atrocités. Contrairement au gouvernement russe – dont le premier réflexe est de réduire au silence – nous sommes convaincus que la vérité et la transparence prévaudront.

Nous appelons le président Poutine à mettre fin à cette guerre non provoquée et inadmissible contre le peuple ukrainien.

Merci.


Voir le contenu d’origine : https://usun.usmission.gov/remarks-by-ambassador-thomas-greenfield-at-a-un-security-council-meeting-called-by-russia-to-spread-disinformation-about-ukraine/

Nous vous proposons cette traduction à titre gracieux. Seul le texte original en anglais fait foi.

U.S. Department of State

The Lessons of 1989: Freedom and Our Future