Département d’État des États-Unis
Antony J. Blinken, secrétaire d’État
Le 30 août 2021

LE SECRÉTAIRE D’ÉTAT BLINKEN : Bonsoir à toutes et à tous.

Il y a 18 jours, les États-Unis et leurs alliés ont démarré à Kaboul leur opération d’évacuation et de réinstallation. Comme le Pentagone vient de vous en informer, cette opération a été bouclée il y a quelques heures.

Plus de 123 000 personnes ont pu quitter l’Afghanistan en sécurité par la voie des airs. Parmi eux se trouvaient quelque 6 000 citoyens américains. Cela a été une entreprise militaire, diplomatique et humanitaire gigantesque, l’une des plus difficiles de l’histoire de notre nation, ainsi qu’une démonstration extraordinaire de logistique et de coordination, dans les circonstances les plus éprouvantes que l’on puisse imaginer.

De très nombreuses personnes ont rendu cela possible.

Je veux notamment applaudir nos remarquables diplomates qui ont travaillé sans relâche, dans le monde entier, pour coordonner cette opération. Ils se sont portés volontaires à l’aéroport de Kaboul. Ils se sont rendus dans les pays de transit afin d’aider à prendre en charge les milliers d’Afghans en route vers les États-Unis. Ils se sont déployés aux points d’entrée dans le pays et dans les bases militaires américaines pour accueillir les Afghans dans leurs nouveaux lieux de vie. Ils ont assuré une force opérationnelle 24h/24 et 7j/7, ici même à Washington, chapeautée par le sous-secrétaire d’État Brian McKeon. Enfin ils ont établi une liste des Américains qui pourraient chercher à quitter l’Afghanistan, puis tâché de tous les contacter jusqu’au dernier, inlassablement – passant 55 000 appels téléphoniques et adressant 33 000 courriels, depuis le 14 août. Afin que la mission puisse être menée à bien, ils ont résolu un problème après l’autre.

Et s’ils ont fait tout cela, c’est parce que – pour les milliers d’employés du département d’État et de l’USAID ayant servi en Afghanistan ces 20 dernières années, cette opération d’évacuation avait un caractère très personnel. La plupart d’entre eux avaient œuvré main dans la main avec des partenaires afghans, dont beaucoup étaient devenus des amis chers. Nous avons par ailleurs perdu en Afghanistan des membres adorés de notre corps diplomatique ; ils seront toujours dans nos mémoires. Aider les Américains, nos partenaires étrangers se tenant à nos côtés depuis 20 ans ainsi que les Afghans qui étaient en danger en cet instant critique, ce n’était pas seulement, pour notre équipe, une mission à l’enjeu particulièrement élevé. C’était un devoir sacré. D’ailleurs le monde a pu observer la détermination et le courage avec lesquels nos diplomates ont relevé le défi.

Les militaires américains en poste à Kaboul ont accompli un travail héroïque pour sécuriser l’aéroport, protéger des civils de nationalités variées – dont des dizaines de milliers d’Afghans – et les évacuer par voie aérienne. Ils apportent également un soutien vital en ce moment, prenant soin des Afghans dans des bases militaires d’Europe, du Moyen-Orient, ainsi qu’ici, aux États-Unis.

Nous avons vu ces images de militaires américains à l’aéroport de Kaboul qui prenaient des bébés dans leurs bras, réconfortaient des familles. Voilà le type de courage empreint de compassion qu’incarnent nos femmes et hommes en uniforme. Ils ont accompli cette mission sous la menace permanente de la violence terroriste – et il y a quatre jours, onze Marines, un médecin de la Marine et un soldat ont été tués par un attentat-suicide à la bombe aux portes de l’aéroport, en même temps que des dizaines d’Afghans.

Presque tous ces militaires avaient une vingtaine d’années – ce n’étaient que des bébés ou de très jeunes enfants le 11 septembre 2001.

Ces décès sont une perte dévastatrice pour notre pays. Au département d’État, nous sommes profondément affectés par leur mort. Nous avons un lien particulier avec les Marines. La première personne que vous voyez lorsque vous vous rendez dans une ambassade américaine, c’est un Marine. Ils protègent nos missions diplomatiques, assurent notre sécurité dans le monde entier. Sans eux, on ne pourrait pas faire notre travail. Nous n’oublierons jamais leur sacrifice, ni ce qu’ils ont réussi à accomplir. Ce sont les plus exceptionnels d’entre nous qui accomplissent le travail d’une vie entière au cours d’un bref séjour en ce monde. Je rends donc hommage à nos sœurs et frères exceptionnels qui ont perdu la vie la semaine dernière.

Enfin je voudrais remercier nos alliés et partenaires. À tout point de vue, cette opération était un effort mondial. De nombreux pays ont grandement contribué au pont aérien, notamment en travaillant à nos côtés à l’aéroport. Certains servent à présent de pays de transit, permettant aux personnes évacuées d’être enregistrées et prises en charge tout au long de leur voyage vers leur destination finale. D’autres ont accepté de réinstaller des réfugiés afghans de façon permanente. Nous espérons que davantage de pays en feront autant dans les jours et les semaines qui viennent. Nous leur en sommes sincèrement reconnaissants.

À présent, les vols de l’armée des États-Unis se sont arrêtés et nos soldats ont quitté l’Afghanistan. C’est un nouveau chapitre des relations des États-Unis avec l’Afghanistan qui s’ouvre. Ce chapitre, nous l’entamerons à l’aide de notre diplomatie. La mission militaire a pris fin. Une nouvelle mission diplomatique commence.

Voici notre plan pour les jours et semaines à venir.

Premièrement, nous avons mis sur pied une nouvelle équipe qui aidera à diriger cette nouvelle mission.

À ce jour, nous avons suspendu notre présence diplomatique à Kaboul et transféré nos opérations à Doha, au Qatar, ce dont le Congrès sera prochainement officiellement notifié. Étant donné les incertitudes portant sur l’environnement sécuritaire et la situation politique en Afghanistan, la prudence imposait cette mesure. Permettez-moi à ce sujet de remercier notre remarquable chargé d’affaires à Kaboul, l’ambassadeur Ross Wilson, qui a repris du service en janvier 2020, alors qu’il était à la retraite, pour diriger notre ambassade en Afghanistan. Il a accompli un travail exceptionnel et courageux en cette période extrêmement difficile.

Pour l’instant, nous nous servirons de ce poste [diplomatique] de Doha pour gérer nos relations diplomatiques avec l’Afghanistan, y compris les affaires consulaires, l’administration de l’aide humanitaire et la collaboration avec nos alliés et partenaires ainsi qu’avec les parties prenantes régionales et internationales, afin de coordonner nos contacts et communications avec les talibans. Notre équipe de Doha sera dirigée par Ian McCary, qui occupait cette dernière année le poste de chef de mission adjoint en Afghanistan. Personne n’est mieux préparé que lui pour ce travail.

Deuxièmement, nous poursuivrons nos efforts incessants pour aider les Américains, les ressortissants étrangers et les Afghans à quitter l’Afghanistan si c’est ce qu’ils souhaitent.

Permettez-moi d’évoquer brièvement le cas des citoyens américains qui sont toujours en Afghanistan.

Nous avons réalisé des efforts extraordinaires pour donner aux Américains de nombreuses opportunités de quitter le pays – souvent en dialoguant avec eux, parfois en les accompagnant jusqu’à l’aéroport.

Parmi toutes les personnes s’identifiant comme américaines en Afghanistan qui envisageaient de quitter le pays, nous avons jusqu’ici reçu la confirmation qu’environ 6 000 avaient été évacuées ou étaient parties par un autre moyen. Ce nombre continuera probablement à augmenter au fur et à mesure des prises de contacts et des arrivées.

Nous estimons qu’il y a encore un petit nombre d’Américains – moins de 200, plus probablement une centaine – qui demeurent en Afghanistan et souhaitent partir. Nous tâchons de déterminer combien exactement. Nous sommes en train d’éplucher les listings, d’appeler et d’écrire à tous ceux qui sont sur nos listes, et nous aurons dès que possible davantage de détails à vous donner. Ce qui contribue à la difficulté de fixer un nombre précis, c’est qu’il existe des personnes habitant en Afghanistan depuis très longtemps qui ont des passeports des États-Unis et qui essayaient de décider si elles voulaient quitter ou non le pays. Beaucoup sont des Américains dotés de la double nationalité, qui ont des racines anciennes et de nombreux liens familiaux en Afghanistan et qui y vivent depuis de nombreuses années. Pour la plupart, il s’agit d’un choix douloureux.

Mais notre engagement envers eux perdure, ainsi qu’envers tous les Américains d’Afghanistan – et du monde entier. La protection et le bien-être des ressortissants des États-Unis à l’étranger restent la mission la plus cruciale et durable du département d’État. Si une personne américaine en Afghanistan nous dit que pour l’instant elle veut rester, puis que dans une semaine, un mois ou un an, elle nous contacte en disant « J’ai changé d’avis », nous l’aiderons à partir.

Par ailleurs, nous avons œuvré sans relâche pour évacuer et réinstaller les Afghans qui ont travaillé à nos côtés et qui risquent particulièrement de subir des représailles. Nous avons pu faire sortir de nombreuses personnes, mais il en reste encore beaucoup. Nous allons continuer à tâcher de les aider. Notre engagement à leur égard n’a pas de date butoir.

Troisièmement, nous allons faire en sorte que les talibans respectent leur promesse de laisser les gens quitter librement l’Afghanistan.

Les talibans se sont engagés à laisser toute personne ayant des papiers en règle quitter le pays en sécurité et dans l’ordre. Ils l’ont répété à de nombreuses reprises, en privé et en public. Vendredi, un haut responsable taliban l’a encore redit à la télévision et à la radio, je cite : « Tout Afghan peut quitter le pays, y compris ceux qui travaillent pour les Américains, s’il le souhaite et quelle que soit sa raison. »

Plus de la moitié des pays du monde se sont joints à nous pour insister sur le fait que les talibans devaient laisser les gens quitter librement le pays. À ce jour, ce sont plus de cent nations qui ont déclaré qu’elles attendaient des talibans qu’ils respectent les autorisations de voyager délivrées par nos pays. Il y a quelques heures à peine, le Conseil de sécurité des Nations unies a adopté une résolution entérinant cette responsabilité – et préparant le terrain pour demander des comptes aux talibans s’ils ne tenaient pas parole.

Bref, les voix qui s’élèvent à l’échelle internationale se font entendre avec force et ne faibliront pas. Nous rappellerons aux talibans leur engagement en faveur de la liberté de déplacement pour les ressortissants étrangers, les détenteurs de visas, les Afghans en danger.

Quatrièmement, nous allons nous efforcer de leur garantir un voyage sûr.

Ce matin, j’avais une réunion avec les ministres des Affaires étrangères de tous les pays du G7 – Royaume-Uni, France, Allemagne, Canada, Italie, Japon –, mais aussi du Qatar, de Turquie et de l’Union européenne, ainsi qu’avec le secrétaire général de l’OTAN. Nous avons évoqué la façon dont nous allons collaborer pour faciliter la sûreté du voyage hors de l’Afghanistan, y compris en rouvrant dès que possible l’aéroport civil de Kaboul – et nous apprécions grandement les efforts du Qatar et de la Turquie, en particulier, pour que cela soit possible.

Cela permettrait d’affréter un petit nombre de vols quotidiens, ce qui dorénavant est crucial pour toute personne voulant quitter l’Afghanistan.

Nous œuvrons aussi à identifier des moyens de soutenir les Américains, les résidents légaux permanents et les Afghans ayant collaboré avec nous qui pourraient choisir de partir par la voie terrestre.

Nous ne nous faisons aucune illusion, rien de tout cela ne sera facile ni rapide. Il s’agira là d’une phase totalement distincte de l’évacuation qui vient juste de se terminer. Cela prendra du temps, avant que nous puissions relever une nouvelle série de défis. Mais nous persisterons.

C’est John Bass – notre ancien ambassadeur en Afghanistan, qui était retourné à Kaboul il y a deux semaines pour aider à diriger nos efforts d’évacuation à l’aéroport – qui prendra la tête de notre travail, au sein du département d’État, visant à aider les citoyens américains ainsi que les résidents permanents, les ressortissants des nations alliées, les demandeurs d’un visa d’immigration spécial et les Afghans en grand danger, si ces personnes souhaitent quitter le pays. Nous sommes très reconnaissants envers John pour tout ce qu’il a réalisé à Kaboul et pour son dévouement continu envers cette mission, ainsi que des extraordinaires officiers consulaires qui servaient à son côté.

Cinquièmement, nous resterons concentrés sur la lutte contre le terrorisme.

Les talibans se sont engagés à empêcher les groupes terroristes d’utiliser l’Afghanistan comme base pour des opérations externes qui pourraient menacer les États-Unis et leurs alliés, notamment Al-Qaïda et l’ennemi juré des talibans, Daech-Khorasan (EIPK). Là aussi, nous leur rappellerons leurs responsabilités concernant cette promesse. Mais si nous avons des attentes vis-à-vis des talibans, cela ne signifie pas que nous comptons sur eux. Nous resterons vigilants en assurant nous-mêmes un suivi des menaces. Et nous maintiendrons de solides capacités antiterroristes dans la région afin de neutraliser ces menaces si nécessaire, comme nous l’avons démontré ces derniers jours en frappant des agents de Daech et des menaces imminentes en Afghanistan, et comme nous le faisons déjà dans des endroits du monde entier où nous ne disposons pas de forces militaires sur le terrain.

Permettez-moi d’aborder directement notre dialogue avec les talibans sur ces sujets et d’autres. Ces dernières semaines, nous avons eu des contacts avec les talibans pour rendre possibles nos opérations d’évacuation. Dorénavant, tout dialogue avec un gouvernement dirigé par les talibans à Kaboul sera uniquement guidé par nos intérêts nationaux vitaux.

Si nous pouvons travailler avec un nouveau gouvernement afghan afin de contribuer à sauvegarder ces intérêts, y compris le retour en toute sécurité de Mark Frerichs, un ressortissant américain qui est retenu en otage dans la région depuis le début de l’année dernière, d’apporter davantage de stabilité au pays et à la région et de préserver les bénéfices des vingt dernières années, alors nous le ferons. Mais nous ne le ferons pas en nous basant sur la confiance ou la bonne foi. Chaque mesure que nous prendrons sera fondée non pas sur ce que dit le gouvernement dirigé par les talibans, mais sur ce qu’il fait pour honorer ses engagements.

Les talibans aspirent à une légitimité et à un soutien internationaux. Notre message, c’est que toute légitimité et tout soutien devront être mérités.

Les talibans peuvent y parvenir s’ils respectent leurs engagements et obligations – sur la liberté de déplacement, le respect des droits fondamentaux du peuple afghan, notamment des femmes et des minorités –, s’ils tiennent parole sur la lutte contre le terrorisme, s’ils ne se livrent pas à des violences en représailles contre ceux qui choisissent de rester en Afghanistan et s’ils forment un gouvernement inclusif qui peut répondre aux besoins et aux aspirations du peuple afghan.

Sixièmement, nous poursuivrons notre assistance humanitaire à destination de la population afghane.

Le conflit a eu de terribles conséquences sur le peuple afghan. Des millions de personnes sont déplacées à l’intérieur du pays. Des millions risquent de souffrir de la faim, voire de la famine. Sans compter que la pandémie de COVID-19 a elle aussi frappé durement l’Afghanistan. Les États-Unis continueront à soutenir l’aide humanitaire destinée au peuple afghan. Conformément à nos sanctions à l’encontre des talibans, cette aide ne transitera pas par le gouvernement, mais par des organisations indépendantes comme les instances de l’ONU et les ONG. Et nous comptons sur le fait que ces efforts ne seront pas entravés par les talibans ni personne d’autre.

Enfin septièmement, nous poursuivrons nos activités diplomatiques au sens large, sur tous ces sujets et bien d’autres.

Nous sommes convaincus que nous pouvons accomplir bien davantage, et exercer une plus grande influence, lorsque nous travaillons de façon coordonnée avec nos alliés et partenaires. Ces deux dernières semaines, nous avons eu des contacts diplomatiques intenses avec nos alliés et partenaires afin de planifier et coordonner la marche à suivre en Afghanistan. J’ai participé à des réunions avec les ministres des Affaires étrangères des pays de l’OTAN et du G7. J’ai mené des entretiens individuels avec des dizaines de mes homologues. La semaine dernière, le président Biden s’est réuni avec les dirigeants des pays du G7. Et la sous-secrétaire d’État Wendy Sherman se réunit tous les deux jours avec un groupe de 28 alliés et partenaires de toutes les régions du monde.

Dorénavant, nous nous coordonnerons étroitement avec des pays de la région et du monde entier – ainsi qu’avec des organisations internationales de premier plan, des ONG et le secteur privé. Nos alliés et partenaires partagent nos objectifs et s’engagent à travailler avec nous.

Je pourrai vous en dire davantage dans les prochains jours. Le principal message que je veux faire passer ici aujourd’hui, c’est que le travail des États-Unis en Afghanistan se poursuit. Nous avons un plan pour la suite. Nous le mettons en œuvre.

C’est également un moment qui demande réflexion. La guerre en Afghanistan était un effort qui a duré vingt ans. Nous devons en tirer des enseignements et adapter en conséquence notre façon de penser à propos de questions fondamentales de sécurité nationale et de politique étrangère. Nous le devons aux futurs diplomates, décideurs, commandants de l’armée et militaires. Nous le devons au peuple américain.

Mais ce faisant, nous resterons inlassablement concentrés sur le moment présent et sur l’avenir. Nous nous assurerons de trouver toutes les opportunités qui existent pour honorer notre engagement envers les Afghans, notamment en accueillant des milliers d’entre eux dans nos communautés, comme le peuple américain l’a fait de nombreuses fois dans son histoire, avec générosité et de bonne grâce.

De cette manière, nous honorerons les femmes et les hommes courageux, des États-Unis et de beaucoup d’autres pays, qui ont risqué ou sacrifié leur vie dans le cadre de cette longue mission, jusqu’à aujourd’hui.

Merci de votre attention.


Voir le contenu d’origine: https://www.state.gov/secretary-of-antony-j-blinken-remarks-on-afghanistan/

Nous vous proposons cette traduction à titre gracieux. Seul le texte original en anglais fait foi.

U.S. Department of State

The Lessons of 1989: Freedom and Our Future