Le secrétaire d’État Antony J. Blinken
Forum économique mondial de Davos, Suisse
Le 16 janvier 2024
Allocution

LE SECRÉTAIRE D’ÉTAT BLINKEN : John, merci beaucoup.

(Applaudissements.)

Je vous remercie. Je vous remercie. Bonjour à tous. John, mon vieil ami, merci beaucoup, vraiment. Comme toujours, cela fait particulièrement plaisir de se retrouver ici, avec des dirigeants de gouvernements, d’entreprises et de la société civile. Quand on se penche sur la question des sols, le secrétaire d’État des États-Unis n’est certainement pas ce qui nous vient en premier à l’esprit. (Rires.) Mais en fait, les sols sont véritablement à l’origine d’un grand nombre de défis très préoccupants auxquels nous sommes confrontés sur le plan de la sécurité nationale.

Vous le savez tous, et cela devient de plus en plus évident pour nous chaque jour : sans des sols de qualité, les récoltes sont mauvaises, les prix augmentent, les gens ont faim. De plus, l’érosion des sols aggrave l’impact des sécheresses, des inondations et d’autres phénomènes météorologiques extrêmes liés au climat, ce qui appauvrit davantage les rendements agricoles et, en conséquence, raréfie les denrées alimentaires. À l’heure où nous sommes réunis ici aujourd’hui, 700 millions de personnes ne savent pas si elles auront suffisamment à manger demain.

Cette faim attise l’instabilité, et l’instabilité attise la faim. Les parents qui n’ont pas la possibilité de nourrir leurs enfants plient bagage avec leur famille parce que c’est la chose la plus élémentaire, la plus importante qu’ils puissent faire, et ils le feront quoi que cela implique pour eux. Même si cela les oblige à partir à l’autre bout du monde, ils le feront. Mais tout cela contribue aux flux migratoires sans précédent que nous connaissons dans le monde entier. À cause du changement climatique, des voisins se disputent des ressources de plus en plus rares, ce qui exacerbe les tensions ethniques et déstabilise des collectivités tout entières.

Parallèlement, les attaques menées par la Russie contre les champs cultivés, les stocks et les ports en Ukraine — le grenier à blé du monde — ont perturbé les marchés mondiaux, rendant le prix des aliments moins abordable et nuisant surtout aux pauvres et aux plus vulnérables. En mer Rouge, où transite 15 % du trafic commercial mondial, les attaques des Houthis contraignent les navires à emprunter des itinéraires plus longs et plus coûteux, ce qui fait encore monter le prix des denrées alimentaires et de l’énergie.

Les États-Unis ont déployé des efforts intenses, et ils continuent de le faire, afin de venir à bout de cette crise alimentaire et de soutenir ceux qui en sont le plus affectés. Depuis janvier 2021, le gouvernement américain a consacré 17,5 milliards de dollars à la fourniture d’aliments vitaux aux personnes dans le besoin. Nous avons l’honneur de financer plus d’un tiers du budget du Programme alimentaire mondial. J’ai eu l’occasion de voir un exemple d’actions menées pas plus tard que la semaine dernière, dans un entrepôt du Programme alimentaire mondial en Jordanie, où j’ai rencontré des personnels de l’ONU qui travaillent sans relâche et souvent au péril de leur vie pour faire parvenir de l’aide aux Palestiniens de Gaza, dont 90 % sont confrontés à une insécurité alimentaire aigüe.

Trop de gens vont déjà se coucher le ventre vide, et la situation ne va faire qu’empirer. Selon les projections, d’ici à 2050, la demande alimentaire mondiale devrait augmenter de 50 %. Or, au cours de cette même période, le changement climatique pourrait réduire les rendements de 30 %. Il suffit de faire le calcul pour voir le déséquilibre. En bref, nous devons nourrir plus de monde alors qu’il est de plus en plus difficile de produire de la nourriture.

C’est pourquoi les États-Unis s’engagent dans des partenariats visant à adapter et à transformer les systèmes agricoles et alimentaires, parce que l’aide d’urgence a beau être vitale, si on ne fait rien au niveau de l’infrastructure sous-jacente, si on ne trouve pas le moyen de produire des cultures de meilleure qualité, plus robustes et plus résistantes, on ne résoudra pas le problème. Mais nous nous sommes engagés, avec plus de 130 pays signataires de la Déclaration des Émirats lors de la COP 28, à apporter une solution à une grande partie du problème. L’initiative Mission d’innovation agricole pour le climat, que nous avons lancée avec les Émirats arabes unis, a permis de mobiliser 17 milliards de dollars pour investir dans des projets tels que la régénération des terres cultivées dégradées et la capture du carbone dans le sol. Dans le cadre du partenariat mondial pour l’infrastructure et l’investissement, nous travaillons avec des dizaines de pays, allant de l’Inde à la Zambie, afin de développer l’agriculture intelligente face au climat et de renforcer les chaînes d’approvisionnement.

Et en collaboration avec l’Union africaine et l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), nous avons lancé une nouvelle initiative. Cela s’appelle la Vision pour des cultures et des sols adaptés (VACS), et cela fait partie de Feed the Future, l’initiative phare de l’USAID. Il s’agit de la réponse globale du gouvernement américain à l’insécurité alimentaire dans le monde, et c’est une approche à deux volets. Elle se résume en fait à deux points très fondamentaux : premièrement, nous investissons en surface, en identifiant les cultures africaines locales les plus nutritives et les plus résistantes au changement climatique, en améliorant ces variétés et en les distribuant dans le monde entier ; et parallèlement, nous investissons dans le sous-sol, en cartographiant, en contrôlant et en construisant des sols sains. Si on y parvient, si on a les bonnes semences, si on a le bon sol, alors on aura les fondations de notre agriculture pour l’avenir.

Au département d’État, nous avons eu la chance inouïe de pouvoir compter sur l’un des plus grands experts mondiaux, Cary Fowler, pour nous aider à développer cette initiative. À ce jour, nous avons engagé 150 millions de dollars au titre de la VACS. Nous mobilisons également une large coalition de gouvernements à travers le monde pour faire avancer ce travail : le Japon, la Norvège, le Royaume-Uni, les Pays-Bas, ainsi que des organisations à but non lucratif et des entreprises de premier plan. Pour ne citer qu’un exemple, IBM élargit l’accès à sa plateforme OpenHarvest, consultable par les agriculteurs directement sur leur téléphone portable et qui utilise l’IA et la modélisation climatique pour fournir des recommandations personnalisées en matière de gestion des exploitations agricoles et des champs cultivés.

Toutes ces technologies nous donnent les moyens de cartographier les sols partout au monde, dans tous les champs, de dire si le sol est de bonne qualité ou non, voire déficient, puis de déterminer la manière de le rendre aussi productif que possible.

Il s’agit donc d’une initiative que j’estime véritablement révolutionnaire – on s’attaque à la fois aux semences et au sol, et on peut commencer à relever un grand nombre des défis auxquels notre monde sera confronté au cours des 25 ou 30 prochaines années. Alors, voici ce que je vous propose aujourd’hui, tout simplement : rejoignez-nous. Il s’agit d’un investissement phénoménal. Il offre des rendements extraordinaires, voire transformateurs.

Certains d’entre vous savent peut-être que le mot « humain » vient du terme latin signifiant terre ou sol.  Il n’y a pas grand-chose de plus humain ni de plus en plus important pour l’humanité que de trouver les moyens de cultiver cette planète pour qu’elle puisse nous nourrir et nous soutenir tous. L’opportunité se présente à nous, dans le moment présent, d’agir pour le bien des gens aujourd’hui tout en construisant des lendemains durables.

C’est en partie pour cette raison, comme John l’a dit dès le début, que cet événement est en soi inhabituel pour Davos. De même, le fait que des spécialistes de la politique étrangère y participent peut sortir de l’ordinaire, mais cela ne fait que souligner l’importance que nous attachons tous à ce défi, sans parler de cette opportunité véritablement formidable d’accéder à ce qu’il y a peut-être de plus fondamental dans la vie pour subvenir à nos besoins, à savoir la nourriture pour nourrir tous les habitants de la planète et pour bien les nourrir.

Alors, ceux parmi vous qui sont intéressés et qui ont la possibilité de le faire, s’il vous plaît, rejoignez-nous dans cette initiative, rejoignez-nous dans cet effort. Ensemble, nous pouvons avoir un impact majeur. Merci beaucoup. (Applaudissements)


Voir le contenu d’origine :  https://www.state.gov/secretary-blinkens-remarks-at-a-world-economic-forum-event-treating-soil-as-a-precious-resource/

Nous vous proposons cette traduction à titre gracieux. Seul le texte original en anglais fait foi.

 

U.S. Department of State

The Lessons of 1989: Freedom and Our Future