Département d’État des États-Unis
Antony J. Blinken, secrétaire d’État
Le 21 janvier 2022
Hôtel Intercontinental
Genève, Suisse

MONSIEUR LE SECRÉTAIRE BLINKEN : Bonjour. Le ministre des Affaires étrangères Lavrov et moi-même avons terminé notre entretien il y a peu, et je voudrais d’abord remercier la Suisse de nous accueillir, de son hospitalité traditionnelle, très appréciée.

Je suis venu à Genève suite aux discussions de la semaine dernière dans le cadre du Dialogue sur la stabilité stratégique États-Unis-Russie, du Conseil OTAN-Russie et de l’OSCE sur la crise en Ukraine et les questions de sécurité européenne d’une manière plus large. Notre objectif était de déterminer si la Russie est prête à emprunter la voie diplomatique et à prendre d’autres mesures nécessaires pour désamorcer la situation en Ukraine et, en fin de compte, résoudre nos différends par la diplomatie et le dialogue.

La discussion d’aujourd’hui avec le ministre Lavrov a été franche et de fond. J’ai transmis la position des États-Unis et de nos alliés et partenaires européens selon laquelle nous sommes résolument attachés à la souveraineté et l’intégrité territoriale de l’Ukraine. Nous avons été clairs : si des forces militaires russes, quelles qu’elles soient, franchissent la frontière ukrainienne, il s’agit d’une nouvelle invasion. Elle donnera lieu à une réponse rapide, énergique et unie de la part des États-Unis et de nos partenaires et alliés.

Nous savons également d’expérience que la Russie dispose d’une vaste gamme de stratégies d’agression non- militaire, en particulier des cyberattaques, des tactiques paramilitaires et d’autres moyens de promouvoir ses intérêts de manière agressive sans recourir ouvertement à l’action militaire. Ces types d’agressions russes se heurteront également à une réponse décisive, calibrée et, encore une fois, unie.

C’est le message clair qui ressort de mes rencontres de mercredi en Ukraine avec le président Zelensky, le ministre des Affaires étrangères Kuleba ; hier en Allemagne avec mes homologues d’Allemagne, du Royaume-Uni, de France et de l’Union européenne ; et avec le chancelier allemand Scholz. Nous sommes unis dans notre engagement à trouver une solution diplomatique et passant par le dialogue, mais également dans notre détermination à imposer des conséquences massives si la Russie choisit la voie de la confrontation et du conflit.

J’ai de nouveau déclaré au ministre Lavrov qu’en ce qui concerne les questions de sécurité que la Russie a soulevées ces dernières semaines, les États-Unis et nos alliés et partenaires européens sont disposés à rechercher des moyens d’y répondre dans un esprit de réciprocité, ce qui signifie, en termes simples, que la Russie doit également répondre à nos préoccupations. Nous pouvons prendre un certain nombre de mesures – nous tous, y compris la Russie – pour accroître la transparence, réduire les risques, faire progresser le contrôle des armements, instaurer la confiance.

J’ai fait part directement au ministre Lavrov de nos préoccupations spécifiques concernant les actions de la Russie qui remettent en cause ou compromettent la paix et la sécurité non seulement en Ukraine, mais dans toute l’Europe et, en fait, dans le monde entier. J’ai également exposé plusieurs idées pour réduire les tensions et accroître la sécurité que nous avons mises au point en consultation avec nos partenaires et alliés et sur lesquelles nous pensons pouvoir trouver un terrain d’entente, encore une fois, sur la base du principe de réciprocité.

Il ne s’agissait pas d’une négociation mais d’un franc échange d’idées et de préoccupations. J’ai clairement précisé au ministre Lavrov qu’il y a certaines questions et certains principes fondamentaux que les États-Unis et nos partenaires et alliés s’engagent à défendre. Il s’agit en particulier de mesures qui feraient obstacle au droit souverain du peuple ukrainien à décider de son propre avenir. Cela ne peut faire l’objet d’aucun compromis – aucun.

Le ministre des Affaires étrangères Lavrov et moi avons également parlé de la voie à suivre. Permettez-moi de dire aussi qu’il a entendu de nous et de moi ce qui est pour nous une règle inviolable : rien sur l’Ukraine sans l’Ukraine, rien sur l’OTAN sans l’OTAN, rien sur l’Europe sans l’Europe. Sur la base de notre discussion, je pense que nous pouvons poursuivre ce travail d’élaboration d’accords d’entente qui garantissent notre sécurité mutuelle, mais il faut pour cela que la Russie mette fin à son agression contre l’Ukraine.

C’est donc le choix auquel la Russie est confrontée maintenant. Elle peut choisir la voie de la diplomatie qui peut conduire à la paix et à la sécurité ou la voie qui ne mènera qu’au conflit, à de graves conséquences et à la condamnation internationale. Les États-Unis et nos alliés et partenaires en Europe sont prêts à rencontrer la Russie sur l’une ou l’autre voie, et nous resterons solidaires de l’Ukraine.

Je crois que le ministre des Affaires étrangères Lavrov a maintenant une meilleure compréhension de notre position et vice versa. La discussion d’aujourd’hui a été utile dans ce sens, et c’est précisément la raison pour laquelle nous nous sommes rencontrés.

Je retournerai donc à Washington cet après-midi pour consulter le président Biden et toute notre équipe de sécurité nationale, ainsi que les membres du Congrès et, surtout, des alliés et des partenaires dans les jours à venir. Sur la base des discussions d’aujourd’hui, le ministre des Affaires étrangères Lavrov et moi-même avons convenu qu’il était important que le processus diplomatique se poursuive. Je lui ai dit qu’à la suite de nos consultations des prochains jours avec les alliés et les partenaires, nous pensons être en mesure de faire part à la Russie de nos préoccupations et de nos idées plus en détail et par écrit la semaine prochaine. Et nous avons convenu de poursuivre les discussions après cela. Nous avons également convenu que de nouvelles discussions diplomatiques seraient préférables à l’avenir, mais encore une fois, c’est vraiment à la Russie de décider de la voie qu’elle suivra.

Je dois également mentionner que le ministre des Affaires étrangères et moi-même avons eu l’occasion de parler de l’Iran. Il s’agit d’un exemple de possibilité de travail en collaboration entre les États-Unis et la Russie sur des questions de sécurité d’intérêt commun. Les pourparlers avec l’Iran sur un retour mutuel au respect du Plan global d’action commun ont atteint un moment décisif. Si un accord n’est pas conclu dans les prochaines semaines, la poursuite des progrès de l’Iran en matière nucléaire rendra impossible le retour au JCPOA.

Mais pour le moment, il reste encore une fenêtre, brève, pour mener à bien ces pourparlers et répondre aux préoccupations qui demeurent pour toutes les parties. Nous ne nous attendions pas à des avancées majeures aujourd’hui, mais je pense que nous sommes maintenant sur une voie plus claire en termes de compréhension des préoccupations et des positions de chacun. Nous verrons ce que les prochains jours nous réservent.

Et là-dessus, c’est avec plaisir que je répondrai à vos questions.

M. PRICE : Andrea Mitchell.

QUESTION : Merci. Merci, monsieur le secrétaire. M. Lavrov a parlé aujourd’hui de rhétorique hystérique, de ce qu’il appelle la rhétorique hystérique de l’Occident à propos d’une invasion, dit-il, pour provoquer l’Ukraine. Et le président Biden a déclaré qu’avec ce qui s’est passé jusqu’à présent, il pense que Poutine va procéder à une invasion parce qu’il doit faire quelque chose.

Pensez-vous donc, à l’heure actuelle, que vous comprenez mieux grâce à M. Lavrov, tout d’abord, ce que sont les intentions de Poutine ? Avez-vous le moindre engagement à ce qu’ils mettent fin à l’agression qui, selon vous, fait obstacle à tout accord positif ?

Il dit que vous allez présenter des réponses écrites, ce que vous venez de confirmer, mais il veut qu’elles portent sur ses propositions initiales, dont vous et tous les membres de l’administration dites depuis le début qu’elles sont inacceptables, des propositions visant à limiter l’expansion de l’OTAN. Alors, vos réponses écrites lui donneront-elles une réponse différente à propos de l’élargissement de l’OTAN, dont vous venez de dire qu’elle n’est rien, n’est pas négociable ? Alors, où voyez-vous un espace pour un dialogue quelconque pour désamorcer cette crise ?

Et puisque que vous avez évoqué l’Iran, pensez-vous qu’il soit possible, après avoir parlé à M. Lavrov, que vous et la Russie – les États-Unis et la Russie – et les autres alliés puissiez obtenir de l’Iran qu’il accepte de se mettre en conformité ? Et les États-Unis accepteront-ils alors de lever les sanctions peut-être simultanément ? Merci beaucoup.

MONSIEUR LE SECRÉTAIRE BLINKEN : Merci beaucoup, Andrea. Premièrement, nous n’agirons pas sous l’emprise de l’émotion. Nous procédons sur la base des faits et de l’histoire. Le fait est que la Russie a positionné des effectifs militaires très importants à la frontière ukrainienne et continue de le faire – 100 000 soldats plus récemment, y compris des forces déployées au Bélarus qui donneraient à la Russie la capacité, si le président Poutine le décide, d’attaquer l’Ukraine par le sud, l’est, et le nord. Et nous avons vu des projets de toute une gamme d’actions déstabilisatrices, certaines d’entre elles sans recours excessif à la force, pour déstabiliser l’Ukraine, renverser le gouvernement, toute une gamme de choses.

Donc, comme je l’ai dit, il ne s’agit pas d’une réaction sous le coup de l’émotion. Elle s’appuie sur des faits et aussi l’histoire. La Russie a envahi l’Ukraine en 2014, s’emparant de la Crimée, provoquant un conflit qui subsiste dans l’est de l’Ukraine, le Donbas, modifiant les frontières de l’Ukraine par la force. C’est ce que nous observons. Nous avons entendu des responsables russes dire qu’ils n’avaient aucune intention d’envahir l’Ukraine. En fait, le ministre Lavrov me l’a répété aujourd’hui. Mais encore une fois, nous regardons ce qui est visible pour tous, et ce sont les actes et les actions, pas les mots qui font la différence. J’ai suggéré au ministre Lavrov, comme nous l’avons fait à plusieurs reprises, que si la Russie veut commencer à convaincre le monde qu’elle n’a aucune intention agressive envers l’Ukraine, un très bon point de départ serait de désamorcer la situation, de ramener, de retirer ses forces des frontières de l’Ukraine, et de se tourner vers la diplomatie et le dialogue, ce que nous avons fait aujourd’hui et ce que nous prévoyons de continuer à faire dans les jours et les semaines à venir.

Nous avons toujours dit que nous entendions non seulement répondre aux inquiétudes soulevées par la Russie, mais aussi exprimer nos propres inquiétudes, qui sont nombreuses, concernant les actions de la Russie que nous considérons comme une menace pour la sécurité en Europe, et en fait, au-delà. Il était donc important, au cours des conversations que nous avons eues aujourd’hui, Andrea, comme la semaine dernière lors du Dialogue sur la stabilité stratégique entre les États-Unis et la Russie, au Conseil OTAN-Russie, à l’OSCE, de s’assurer que nous comprenions parfaitement les positions les uns des autres, les préoccupations les uns des autres.

Après cela et après avoir consulté très intensément les alliés et les partenaires, le président Biden a voulu que j’aie cette opportunité, après avoir digéré ce que nous avons entendu la semaine dernière et peut-être – et vraisemblablement les Russes ayant eu l’occasion de discuter de ce qu’ils avaient entendu initialement de notre part avec le président Poutine – de vraiment voir où nous en sommes directement avec le ministre des Affaires étrangères Lavrov, de déterminer s’il existe une voie reposant sur le dialogue et la diplomatie, puis de voir comment la mettre en œuvre. Et encore une fois, ce qui a été convenu aujourd’hui, c’est que nous transmettrons à la Russie une réponse aux préoccupations qu’elle a soulevées, nos propres préoccupations, et proposerons quelques idées pour examen. Et ensuite nous prévoyons de nous réunir de nouveau lorsque la Russie aura eu la possibilité de consulter ce document et nous verrons quoi faire à partir de là.

Mais permettez-moi également d’être clair sur ce point : dans la mesure où la Russie s’est engagée pour l’instant sur la voie de la diplomatie, mais en même temps continue de prendre des mesures d’escalade, continue de renforcer sa présence militaire aux frontières de l’Ukraine, continue de planifier une action agressive contre l’Ukraine, tous nos alliés et partenaires sont comme nous déterminés à s’assurer que nous faisons tout notre possible pour faire comprendre à la Russie qu’il y aura, comme je l’ai dit, une réponse rapide, énergique et unie à toute forme d’agression de la Russie contre l’Ukraine.

Enfin, permettez-moi de dire ceci : sur la base de la conversation d’aujourd’hui, Andrea, écoutez, je crois qu’il y a des domaines où, sur une base réciproque, nous pouvons répondre à certaines des préoccupations de chacun. Et il s’agit de choses comme une plus grande transparence de nos activités militaires, diverses mesures de réduction des risques, le contrôle des armements et d’autres moyens d’instaurer la confiance qui, je pense, répondraient à certaines des préoccupations exprimées par la Russie ainsi qu’à nos nombreuses préoccupations.

Mais il est très important d’être tout aussi clair sur ce que nous ne ferons pas, par exemple nous ne reviendrons pas sur nos principes fondamentaux que nous nous sommes engagés à défendre. Il s’agit en particulier du principe de la porte ouverte de l’OTAN et aussi, comme je l’ai dit ces derniers jours et ces dernières semaines, de notre attachement au principe selon lequel une nation ne peut pas simplement violer et modifier la frontière d’un autre pays par la force, qu’elle ne peut proposer de dicter à un autre pays ses choix, ses politiques, ceux avec qui il s’associe, et qu’il ne peut exercer une sphère d’influence qui soumettrait ses voisins à sa volonté. Nous n’allons remettre aucun de ces principes en question, et je pense que la Russie le comprend très bien.

Donc, encore une fois, sur la base des conversations que nous avons eues – les conversations approfondies de la semaine dernière et d’aujourd’hui ici à Genève, je pense qu’il y a des raisons et un moyen de répondre à certaines de nos préoccupations mutuelles en matière de sécurité. Nous verrons si cela se confirme. Et en attendant, nous continuerons à nous préparer résolument aux deux voies que nous avons tracées pour la Russie : la voie de la diplomatie et du dialogue ou la voie de la poursuite de l’agression, de la confrontation et des conséquences.

M. PRICE : Michael Crowley.

QUESTION : Et votre —

M. PRICE : Désolé, Andrea.  Nous avons très peu de temps.  Michael Crowley.

QUESTION : Et votre – la question sur l’Iran, M. —

MONSIEUR LE SECRÉTAIRE BLINKEN : Oh, je suis désolé, je – (inaudible) d’y répondre. Donc, sur l’Iran, je dois dire que la Russie partage notre sentiment d’urgence, la nécessité de voir si nous pouvons revenir à un respect mutuel des dispositions dans les semaines à venir. Et nous espérons que la Russie se servira de son influence et de la relation qu’elle entretient avec l’Iran pour lui faire comprendre cette urgence, et également, que si nous ne sommes pas en mesure de le faire parce que l’Iran refuse d’assumer les obligations qui sont nécessaires, nous suivrons une autre voie pour faire face au danger que représente la reprise du programme nucléaire de l’Iran, un programme qui avait été encadré par l’accord auquel nous étions parvenus dans le passé, le Programme global d’action commun, et qui malheureusement a maintenant échappé à ce cadre parce que nous nous sommes retirés de l’accord et que l’Iran a redémarré son programme dangereux.

M. PRICE : Michael.

QUESTION : Merci, Monsieur le secrétaire Blinken. Après quatre rencontres assez peu concluantes entre diplomates américains et russes, ce processus doit-il passer au niveau présidentiel pour progresser de manière substantielle ? Le président Biden a-t-il besoin de parler au président Poutine pour que des progrès soient vraiment réalisés ici ?

Et une deuxième question si vous me le permettez : à Berlin, vous avez souligné les enjeux de cette crise, en particulier la sécurité – le caractère sacré des frontières et les principes directeurs de la paix et de la sécurité internationales. Pourtant, le président Biden a déclaré il y a plusieurs semaines que le recours à la force militaire américaine n’était pas envisageable dans cette situation. Bien que je sois sûr que cela a un sens intuitif pour de nombreux Américains pour toutes sortes de raisons, je me demande si vous pourriez simplement exposer explicitement le raisonnement pour lequel cela a été considéré comme inenvisageable. Et pensez-vous que la déclaration du président s’appliquerait toujours même si la Russie devait envahir l’Ukraine ? Merci.

MONSIEUR LE SECRÉTAIRE BLINKEN : Premièrement, concernant la deuxième partie de la question, nous avons précisé et fait un certain nombre de choses pour soutenir et défendre l’Ukraine qui se poursuivront. Avant tout, nous avons travaillé en étroite coordination avec nos alliés et nos partenaires pour définir et faire comprendre à la Russie les conséquences d’une nouvelle agression contre l’Ukraine. Et c’est un élément important de la stratégie de dissuasion de la Russie de s’engager dans cette voie.

Simultanément, nous avons continué à fournir à l’Ukraine une assistance militaire défensive importante – en fait, cette année seulement, plus qu’à n’importe quel moment depuis 2014. Cela continue. Des alliés et partenaires font de même. Et enfin, nous avons travaillé en étroite collaboration avec nos alliés et nos partenaires pour commencer à planifier le renforcement de l’OTAN elle-même sur son flanc oriental en cas de nouvelle agression russe contre l’Ukraine. Tout cela pour faire comprendre à la Russie les coûts et les conséquences de ses actions potentielles.

Nous pensons que c’est le moyen le meilleur et le plus efficace de convaincre la Russie de ne pas entreprendre de nouvelle agression contre l’Ukraine. L’Ukraine est un partenaire très important des États-Unis et d’autres pays d’Europe également, mais notre engagement au titre de l’article 5 concerne les Alliés de l’OTAN, ce à quoi nous sommes profondément attachés. L’Ukraine n’est pas membre de l’OTAN et n’est pas couverte par l’engagement de l’article 5, mais une détermination à faire tout ce que nous pouvons pour la défendre et pour prévenir ou dissuader toute agression dirigée contre elle. Et comme je l’ai dit, nous poursuivrons tous ces efforts dans les jours et les semaines à venir, alors que nous évaluons les possibilités de résolution diplomatique.

Et je suis désolée, la première partie de la question ?

QUESTION : Le dialogue entre les présidents pour faire avancer le processus plus rapidement que cela n’a été le cas (inaudible).

MONSIEUR LE SECRÉTAIRE BLINKEN : Oh, oui, merci. Ce dont nous avons convenu aujourd’hui, c’est que nous transmettrons par écrit la semaine prochaine nos idées, notre réponse aux préoccupations soulevées par la Russie, nos préoccupations que nous transmettons, encore une fois, par écrit avec la Russie. Nous entendons, sur la base de la conversation d’aujourd’hui, sur la base de ce document, ainsi que du document que nous avons reçu de la part de la Russie, avoir des conversations de suivi après cela – initialement, du moins, au moins au niveau des ministres des Affaires étrangères. Et s’il s’avère utile et productif que les deux présidents se rencontrent, se parlent, dialoguent pour essayer de faire avancer les choses, je pense que nous sommes tout à fait prêts à le faire. Le président Biden a rencontré ici à Genève le président Poutine. Il lui a parlé au téléphone ou par visioconférence à plusieurs reprises. Et si nous concluons et les Russes concluent que la meilleure façon de résoudre les choses passe par une nouvelle conversation entre eux, nous sommes certainement prêts à le faire.

M. PRICE : Ben Hall.

QUESTION : Monsieur le secrétaire, merci. Je me demandais si – alors que vous revenez sans cesse pour plus de dialogue, plus de pourparlers avec les Russes, ils continuent à agir. Ils continuent à positionner des troupes supplémentaires ; ils continuent à déstabiliser l’Ukraine. Sur le plan économique, la Russie fait face à de nombreuses difficultés. Reconnaitriez-vous le mal qu’ils ont déjà fait simplement par leurs actions agressives, et de votre côté, pourquoi n’envisageriez-vous pas des sanctions à ce stade ? Elles bénéficient d’un soutien bipartite aux États-Unis ; l’Ukraine en réclame. Pourquoi pas ?

Et puis une deuxième question : vous avez dit à maintes reprises que les prétextes que la Russie donne pour son agression sont fallacieux, qu’il n’y a aucun fondement en fait. Je suis curieux de savoir si Monsieur le secrétaire – le ministre des Affaires étrangères Lavrov est assis en face de vous, vous regarde dans les yeux et vous dit en fait – vous dit des mensonges en face. Et si oui, pourquoi perdre votre temps à leur répondre ?  Pourquoi jouer leur jeu en leur envoyant des réponses écrites la semaine prochaine, si c’est le cas ?

MONSIEUR LE SECRÉTAIRE BLINKEN : Merci Ben. Premièrement, encore une fois, nous n’attendons pas pour agir et contrer la Russie. Comme je l’ai dit il y a un instant, nous avons pris plus d’engagements en matière d’assistance dans le domaine de la sécurité au bénéfice de l’Ukraine au cours de l’année écoulée – je pense quelque chose comme 650 millions de dollars – qu’à tout autre moment, depuis 2014, lorsque la Russie a envahi l’Ukraine. Nous continuons à fournir cette assistance. Nous avons des livraisons supplémentaires qui sont prévues dans les semaines à venir.

Comme je l’ai également noté, nous avons mené d’importantes actions diplomatiques dans le monde entier, et mobilisé nos alliés et partenaires face à l’agression russe contre l’Ukraine. Hier, nous avons annoncé des actions contre des agents d’influence russe qui opèrent en Ukraine et qui entendent déstabiliser le pays. Et encore une fois, comme je l’ai dit, nous avons clairement indiqué à la Russie qu’elle ferait face à des coûts rapides et importants pour son économie si elle procédait à une nouvelle invasion de l’Ukraine, et avons entrepris le renforcement de l’OTAN le long de son flanc oriental.

Nous avons recours à l’action diplomatique et au dialogue ; c’est mon travail. Mais en même temps, nous nous sommes engagés sur la voie de la défense et de la dissuasion. Ces choses ne sont pas mutuellement incompatibles – en fait, elles se renforcent mutuellement. Donc, alors même que nous parlons, si les Russes poursuivent l’escalade et le renforcement de leur présence militaire, nous continuons à renforcer toutes nos actions en termes d’assistance à l’Ukraine pour sa défense, en termes de travail à l’OTAN pour nous préparer, si nécessaire, à renforcer davantage l’Alliance, et continuer à définir et à affiner les conséquences massives pour la Russie avec nos alliés et partenaires en ce qui concerne les sanctions financières, économiques et autres.

Nous faisons donc les deux en même temps. Maintenant, en ce qui concerne les conversations que nous avons, je pense que l’interprétation charitable serait que parfois nous et la Russie avons des interprétations différentes de l’histoire. Et je dois dire qu’aujourd’hui, nous avons certainement entendu des choses avec lesquelles nous sommes fortement en désaccord en ce qui concerne cette histoire, mais dans l’ensemble, la conversation n’était pas polémique. Elle était directe, pragmatique, et je pense en ce sens, utile. Et il est important d’évaluer les options, encore une fois, de résolution de ces différences par la diplomatie et le dialogue. C’est clairement la meilleure façon de le faire, c’est clairement la façon responsable de le faire, mais cela dépend aussi de la Russie.

M. PRICE :  Nous allons prendre une dernière question de Laurent Burkhalter.

QUESTION : Merci, monsieur le secrétaire. Laurent Burkhalter, RTS télévision suisse. Je voulais parler des mesures qui peuvent être prises pour désamorcer la situation – vous les avez mentionnées – des deux côtés. Si vous pouviez les préciser à nouveau et nous donner une idée du calendrier, dans quel délai cela doit se produire, par quoi on doit commencer. Et globalement, que veut obtenir à votre avis le Kremlin par cette situation actuelle ?

MONSIEUR LE SECRÉTAIRE BLINKEN :  Eh bien, il vaut probablement mieux adresser cette dernière question au président Poutine parce que, dans un sens, lui seul le sait vraiment. Et j’y reviendrai dans une minute. Mais encore une fois, comme je le disais tout à l’heure, je pense qu’à l’examen de ce que la Russie a proposé, à l’écoute de ce qu’elle a dit, après intense consultation avec nos alliés et nos partenaires, après avoir examiné nos propres préoccupations profondes en matière de sécurité concernant les actions entreprises par la Russie – non seulement à l’égard de l’Ukraine, mais dans d’autres endroits et par d’autres moyens en Europe et au-delà – je pense qu’il est juste de dire qu’il y a des domaines où nous pensons pouvoir poursuivre le dialogue et la diplomatie pour voir si nous pouvons trouver des moyens de répondre aux préoccupations de sécurité mutuelles sur une base réciproque qui renforceraient la sécurité pour tous – pour nous, pour nos alliés et partenaires européens, et pour la Russie.

Et encore une fois, comme je l’ai suggéré plus tôt, la transparence, les mesures d’instauration de la confiance, les manœuvres militaires, les accords de contrôle des armements – il s’agit là de choses que nous avons faites dans le passé et qui, si elles sont mises en œuvre sérieusement, peuvent, je crois, réduire les tensions et remédier à certaines des préoccupations. Mais encore une fois, il reste à voir si nous pouvons le faire de manière significative. Et là encore, cela dépend, je pense, de ce que veut réellement la Russie. C’est là la question.

Et voici ce qui me frappe, et j’en ai fait part au ministre des Affaires étrangères Lavrov aujourd’hui. Je lui ai demandé, du point de vue de la Russie, d’essayer vraiment de m’expliquer, de nous expliquer dans quelle mesure il pense que leurs actions servent les intérêts de sécurité dont ils font état et leurs intérêts stratégiques au sens plus large. Parce que, comme je l’ai dit au ministre Lavrov, tant de choses que vous avez faites ces dernières années ont précipité la survenance de pratiquement tout ce que vous dites vouloir empêcher.

Avant que la Russie n’envahisse l’Ukraine en 2014, ne s’empare de la Crimée et n’entre dans le Donbas, la cote de popularité de la Russie en Ukraine était de 70 %. Maintenant, elle est de 25 ou 30 %. Avant 2014, avant qu’elle ne s’empare de la Crimée et ne pénètre dans le Donbas, le soutien de l’Ukraine à l’adhésion à l’OTAN était de 25 ou 30 %. Maintenant, c’est 60 %. Avant 2014, nous étions en bonne voie pour continuer à réduire tout en renforçant notre présence militaire en Europe depuis la fin de la guerre froide. Eh bien, ce qui s’est passé après 2014, c’est que l’OTAN s’est sentie obligée, à cause de l’agression russe, de renforcer son flanc oriental. Et depuis 2014, nos efforts pendant de nombreuses années pour convaincre nos alliés et nos partenaires d’augmenter les dépenses de défense, eh bien, cela a réussi, mais je dois dire, autant à cause de la Russie et de ses actions qu’à cause de tout ce que nous avons fait.

Donc, compte tenu des intérêts et des préoccupations stratégiques dont fait état la Russie, comment cela – comment leurs actions ont-elles favorisé la réponse à ces préoccupations ? Au contraire, l’évolution a été opposée à ce que la Russie prétend vouloir. Et maintenant, si la Russie poursuit son agression contre l’Ukraine, le résultat sera simplement de renforcer ces mêmes évolutions, les tendances mêmes qui préoccupent la Russie. J’espère donc que c’est quelque chose auquel M. Lavrov réfléchit et à quoi le président Poutine pourrait réfléchir dans la perspective des jours et des semaines à venir. Merci.

M. PRICE :  Merci, Monsieur le secrétaire.


Voir le contenu d’origine : https://www.state.gov/secretary-antony-j-blinken-at-a-press-availability-12/

Nous vous proposons cette traduction à titre gracieux. Seul le texte original en anglais fait foi.

U.S. Department of State

The Lessons of 1989: Freedom and Our Future