Département d’État des États-Unis
Antony J. Blinken, secrétaire d’État
Le 29 mars 2022
Interview
Dar Kika Salam
Rabat, Maroc

QUESTION : Madame, monsieur, bonjour. Nous profitons de sa tournée éclair au Moyen-Orient et en Afrique du Nord pour le recevoir pour une entrevue exclusive avec Medi 1. Nous allons aborder avec le secrétaire d’État américain des sujets divers. Tout d’abord, bien sûr, l’objet et les enjeux de sa visite au Maroc en passant par le conflit israélo-palestinien, sans oublier l’accord sur le nucléaire iranien et, bien sûr, la guerre en Ukraine. Bonjour Antony Blinken.

MONSIEUR LE SECRÉTAIRE BLINKEN : Bonjour.

QUESTION : Merci de nous retrouver ici à Rabat, six ans après l’interview que vous avez accepté d’accorder à Medi 1 TV. C’était en juin 2016. Alors, vous revenez d’un sommet inédit qui s’est tenu, bien sûr, dans le désert du Néguev en Israël plus d’un an après les Accords d’Abraham. Comment, Mr. Blinken, comment les relations vont-elles évoluer après ce sommet ?

MONSIEUR LE SECRÉTAIRE BLINKEN : Tout d’abord, c’est une photo assez remarquable. Une photo qu’on n’aurait pas pu voir il y a quatre-cinq ans, même deux ans, de voir ensemble des responsables du Maroc, du Bahreïn, des Émirats, de l’Égypte, des États-Unis et d’Israël. Et je crois que ça démontre qu’il y a un désir de trouver avec ce travail en commun la possibilité de poursuivre ensemble des opportunités pour les peuples de chaque pays. Parce qu’en créant des liens de commerce, entre étudiants, entre citoyens, nous allons pouvoir ensemble nous concentrer sur des sujets qui ont un impact dans la vie de tous les jours, l’investissement, l’infrastructure… On travaille ensemble sur le climat, sur la santé globale, évidemment sur les questions de sécurité aussi. C’est quelque chose de très puissant. Tout en ne mettant pas de côté l’avenir du peuple palestinien et la nécessité, à notre avis, qu’il y ait aussi un pays pour les Palestiniens et, entre temps, essayer d’investir dans leur avenir également. Donc, je crois que c’est quelque chose de très puissant, mais ça démontre également que quand vous avez des leaders comme sa majesté le roi qui ont une vision et le courage de ne plus accepter les barrières du passé, et en fait de les défaire et de trouver un moyen de nous mettre ensemble, c’est quelque chose de très puissant. Dernier point, ce que nous allons faire ensemble. Nous en avons parlé au Néguev hier. C’est de nous concentrer sur des projets très concrets et comment agir ensemble pour répondre aux besoins et aux désirs des peuples dans chacun de nos pays.

QUESTION : Mr. le secrétaire d’État, est-ce qu’on peut dire qu’aujourd’hui et après ce sommet au Néguev, est-ce qu’on peut dire que les relations entre les États-Unis et les pays du Golfe sont au beau fixe?

MONSIEUR LE SECRÉTAIRE BLINKEN : Vous savez, nous avons des partenariats qui existent depuis beaucoup d’années. Et ces partenariats qui sont pour nous essentiels et importants au niveau non seulement des questions de sécurité, mais l’avenir de nos pays. Et je pense que c’était un moment important également pour renforcer non seulement ces partenariats, mais pour renforcer l’idée de l’investissement des États-Unis dans ces partenariats. C’est un message que j’ai voulu tenir à mes collègues.

QUESTION : Très bien. Alors troisième et avant-dernière étape de votre tournée, Mr. le secrétaire d’État, le Maroc. Bien sûr, il est indéniable qu’aujourd’hui le Maroc représente un allié stratégique pour les États-Unis dans la région, tant sur les volets de sécurité comme vous l’avez si bien évoqué, mais aussi sur des questions qui sont relatives à la préservation de la paix. Comment… Selon vous, quel est le rôle que le Maroc est appelé à jouer à l’avenir dans sa région mais aussi en Afrique ?

MONSIEUR LE SECRÉTAIRE BLINKEN : Pour nous, le Maroc c’est… Premièrement, un partenariat essentiel qui existe depuis bien longtemps, mais qui est pour nous de plus grande importance parce que nous agissons évidemment sur les questions entre nous, au niveau bilatéral. Nous agissons ensemble au niveau régional où la voix du Maroc et la diplomatie du Maroc a un impact très important pour gérer des dossiers que ce soient des défis comme au Sahel, la Libye, etc. Mais également, nous avons évoqué longuement aujourd’hui, l’Afrique, l’Afrique de l’Ouest par exemple, et ce que nous pouvons faire ensemble. Et puis, aussi, un impact au niveau global parce que… Par ce partenariat nous travaillons également aussi sur des questions comme la pandémie du COVID. Il y a un grand succès ici au Maroc, par exemple, dans la campagne de vaccination : qu’est-ce que nous pouvons apprendre, qu’est-ce que nous pouvons faire ensemble à travers le monde, y compris en Afrique. Même chose sur le climat, où le Maroc a des plans très avancés pour gérer ce qui est vraiment le dossier existentiel pour tout le monde. Donc, ce que je vois, c’est un partenariat qui non seulement agit dans la région, mais qui agit de plus en plus au niveau global.

QUESTION : Alors, vous avez évoqué la question du Sahel. Bien sûr, la stabilité dans la sous-région du Sahara est tributaire de la question du Sahara marocain. Je voudrais citer, si vous permettez, un bref extrait du communiqué du département d’État sur l’objet de votre visite ici au Maroc. Je cite : « Nous réaffirmons l’importance du respect de l’intégrité territoriale, de la souveraineté et de l’unité nationale de tous les États membres des Nations unies. Fin de citation. » Sachant que, bien sûr, la souveraineté du Maroc a été reconnue par les États-Unis, quelles sont aujourd’hui, ou plutôt demain, les étapes futures potentielles dans ce dossier ?

MONSIEUR LE SECRÉTAIRE BLINKEN : C’est quelque chose que nous avons évidemment évoqué aujourd’hui, comme nous en parlons à chaque fois que nous nous voyons. Nous voyons dans le plan d’autonomie du Maroc un plan qui est crédible, sérieux et qui est réaliste. Et je crois que c’est une approche qui peut répondre aux besoins et aux aspirations du peuple du Sahara. Il y a un travail très important qui est fait maintenant par l’envoyé spécial du secrétaire général des Nations unis Staffan de Mistura que nous soutenons. Nous l’avons évoqué aujourd’hui avec mon collègue et mon ami Nasser Bourita. C’est quelque chose auquel nous allons donner suite dans les semaines à venir.

QUESTION : Un nouvel ambassadeur vient d’être nommé. Il s’agit de son excellence Puneet Talwar. Quelle serait la feuille de route dans ses nouvelles missions au Maroc, Mr. Blinken?

MONSIEUR LE SECRÉTAIRE BLINKEN : Puneet Talwar, c’est non seulement l’ambassadeur qui est nommé et il faut qu’il soit approuvé par notre Sénat, mais j’espère que ça se passera rapidement. C’est un ami, un ami de longue date, personnel. Nous travaillons ensemble depuis 20 ans et c’est quelqu’un qui est très proche du président Biden. Il a travaillé sur son staff quand il était au Sénat. Nous y avons travaillé ensemble. Et c’est quelqu’un qui, je sais, sera un ambassadeur exceptionnel pour les États-Unis et pour les liens entre nos deux pays. Je lui fais confiance totale et surtout le président Biden lui fait confiance totale.

QUESTION : Et de par votre expérience avec le Maroc, quel conseil pourrez-vous lui prodiguer ?

MONSIEUR LE SECRÉTAIRE BLINKEN : Moi… Conseil… Surtout… Quelle chance ! Quelle chance de venir ici dans ce pays remarquable. Quelle chance d’être ici à un moment où notre travail en commun a une si grande importance. Quelle chance d’être ici à un moment où je crois qu’il y a toutes sortes de possibilités pour renforcer ce que nous faisons ensemble et pour même élargir nos horizons. Au Néguev hier mais à travers le monde demain.

QUESTION : La prochaine et dernière étape de votre tournée, Mr. le secrétaire d’État, est le voisin de l’est, l’Algérie. Compte tenu de la situation actuelle en Europe et des enjeux énergétiques qui en découlent, allez-vous… Est-ce que la question du gaz algérien, notamment du gazoduc, fera partie des négociations et des discussions que vous aurez avec les autorités algériennes ?

MONSIEUR LE SECRÉTAIRE BLINKEN : Deux choses. Premièrement, vous évoquez la situation en Europe actuellement, et je crois que c’est très important parce que dans un premier temps évidemment l’agression de la Russie envers l’Ukraine, ça crée une souffrance énorme en Ukraine. La moitié… La moitié des enfants de ce pays sont déplacés de leur maison. C’est extraordinaire. Donc, c’est important à ce niveau. Mais c’est important pour deux autres raisons. Premièrement, il y a des principes très importants qui sont en jeu, qui soutiennent la sécurité et la paix à travers le monde, non seulement en Europe mais ici aussi. Et ces principes, quand ils sont agressés comme ils le sont par la Russie, ça pose un problème pour tout le monde. Le principe qu’un pays ne peut pas changer les frontières d’un autre pays par la violence, qu’un pays ne peut pas décider pour un autre de sa politique, de son avenir, etc. Ça, c’est un enjeu. Mais troisièmement, ce qui est important c’est que nous voyons un impact à travers le monde. Nous avons maintenant, à cause de cette agression russe en Ukraine, des problèmes dans l’alimentation parce que les exports de ces produits agricoles maintenant sont en jeu.

QUESTION : Notamment le blé dont dépendent beaucoup de pays africains, dont le Maroc.

MONSIEUR LE SECRÉTAIRE BLINKEN : Exactement, surtout le blé. Alors, les fermiers en Ukraine sont obligés soit de se battre pour leur pays, soit de fuir. Donc, la récolte ne se fait pas. On bloque les exports dans les ports du sud du pays. Donc, ça pose un problème très concret. Les prix de l’énergie également.

QUESTION : Ils sont en train d’exploser.

MONSIEUR LE SECRÉTAIRE BLINKEN : Ils sont en train d’exploser.

QUESTION : Est-ce que vous pensez qu’il est temps de voir peut-être d’autres alternatives au gaz russe par exemple et à travers la réouverture de ce gazoduc Maghreb-Europe?

MONSIEUR LE SECRÉTAIRE BLINKEN : L’Europe est très concentrée sur l’idée qu’il faut maintenant vraiment diversifier du gaz et du pétrole russes parce que malheureusement la Russie l’utilise comme outil de sa politique. Ça, c’est un premier point. Et évidemment agit de façon tout à fait inacceptable pour tout le monde. Donc, je pense que quand on parle aux collègues européens, ils sont très concentrés sur l’idée qu’il faut diversifier. On verra…

QUESTION : Et les Américains plaident, plaideraient peut-être pour cette diversification qui viendrait peut-être de ces pays-là…

MONSIEUR LE SECRÉTAIRE BLINKEN : On plaide pour une diversification qui vient d’un peu partout dans un sens, y compris, d’ailleurs, de nous. Mais il faut non seulement une diversification, il faut aussi le faire dans l’optique de ce combat pour le climat et ça c’est très important aussi. S’assurer que dans cette diversification, nous essayons d’avancer le dossier climatique pour qu’on puisse éviter que le monde ne se réchauffe plus.

QUESTION : Merci beaucoup Monsieur le secrétaire d’État Antony Blinken. Merci d’avoir répondu à nos questions.

MONSIEUR LE SECRÉTAIRE BLINKEN : Très content de vous retrouver après six ans, merci.


Voir le contenu d’origine : https://www.state.gov/secretary-antony-j-blinken-with-khadija-ihsane-of-medi-1-tv/

Nous vous proposons cette traduction à titre gracieux. Seul le texte original en anglais fait foi.

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