Département d’État des États-Unis
Wendy R. Sherman, sous-secrétaire d’État
Le 10 janvier 2022
Point de presse spécial par téléconférence

M. PRICE :  Bonjour à ceux d’entre vous qui se trouvent aux États-Unis. Bonsoir à ceux qui sont en Europe. Merci de participer à ce point de presse téléphonique concernant notre action diplomatique pour parvenir à d’une désescalade de la situation avec la Russie. Comme vous le savez, il s’agit d’un appel de presse officiel avec la sous-secrétaire d’État Wendy R. Sherman qui vient de conclure ce cycle du Dialogue sur la stabilité stratégique avec son homologue russe. Nous n’allons pas imposer un embargo sur cet appel. Encore une fois, cet appel est officiel, avec la sous-secrétaire, et sans embargo, et là-dessus, je vais passer la parole à la sous-secrétaire Sherman pour des propos liminaires puis nous prendrons vos questions.

SOUS-SECRÉTAIRE D’ÉTAT SHERMAN :  Merci beaucoup, Ned, et merci à tous d’être avec nous. Je vous parle de Genève, en Suisse.

Il y a environ une demi-heure, nous avons conclu la session extraordinaire du dialogue bilatéral sur la stabilité stratégique (DSS) avec la délégation russe ici à Genève.

Nous avons eu une discussion franche et directe pendant près de huit heures à la mission américaine à Genève.

C’est la troisième fois que le dialogue sur la stabilité stratégique entre les États-Unis et la Russie se réunit depuis que le président Biden et le président Poutine se sont rencontrés à Genève en juin dernier. Les États-Unis sont venus à la réunion extraordinaire d’aujourd’hui prêts à entendre les préoccupations de la Russie en matière de sécurité et à lui faire part des nôtres. Nous sommes également venus avec un certain nombre d’idées de mesures réciproques que pourraient prendre nos deux pays dans notre intérêt en matière de sécurité et dans un souci de stabilité stratégique. Les États-Unis ont proposé de se réunir à nouveau prochainement pour discuter plus en détail de ces questions bilatérales.

Les idées préliminaires soulevées aujourd’hui par les États-Unis sont en particulier le placement de missiles. Nous avons également indiqué clairement que les États-Unis étaient disposés à discuter de l’avenir de certains systèmes de missiles en Europe, selon les mêmes principes que ceux du défunt Traité FNI entre les États-Unis et la Russie.

Nous avons indiqué que nous sommes également ouverts à la discussion de moyens de fixer des limites réciproques en matière de dimension et de portée des manœuvres militaires, et à l’amélioration de la transparence de ces exercices, encore une fois sur une base réciproque – et nous comprenons que cela sera également un sujet de discussion au sein du Conseil OTAN-Russie et lors de la réunion de l’OSCE cette semaine.

Les États-Unis et la Russie conviennent qu’une guerre nucléaire ne peut jamais être gagnée et ne doit jamais être menée. Nous avons parlé de ce principe commun lors de précédentes réunions du DSS, et il a été réaffirmé la semaine dernière dans une déclaration des pays du P5. C’est pourquoi les États-Unis entendent depuis longtemps discuter avec la Russie d’options de contrôle des armements prenant en compte à la fois les armes nucléaires stratégiques et les armes nucléaires dites non stratégiques. Nous avons réitéré notre intérêt en ce qui concerne des discussions plus approfondies sur ce sujet au cours des réunions d’aujourd’hui également.

Cependant, nous avons été fermes quant à notre refus de propositions de sécurité qui ne sont tout simplement pas envisageables pour les États-Unis. Nous ne permettrons à personne de claquer la « porte ouverte » que prévoit une politique qui a toujours été au cœur de l’Alliance de l’OTAN. Nous ne renoncerons pas à la coopération bilatérale avec les états souverains qui souhaitent travailler avec les États-Unis. Et nous ne prendrons pas de décisions concernant l’Ukraine en son absence, sur l’Europe sans l’Europe ou sur l’OTAN sans l’OTAN. Comme nous le disons à nos alliés et partenaires, « rien à propos de vous sans vous ».

Les États-Unis sont attachés à un dialogue réel et réciproque avec la Russie, tout comme nous nous engageons à consulter et travailler en coordination avec nos alliés et partenaires. Nous sommes prêts à poursuivre les discussions sur les questions bilatérales que nous avons identifiées aujourd’hui dès que possible, et nous l’avons dit clairement. Nous participerons à des discussions avec nos alliés et partenaires dans les jours à venir, et à la fin de cette semaine, sur la base de ces discussions, les gouvernements américain et russe discuteront de la voie à suivre.

Les responsables russes ont déclaré en public et en privé qu’ils voulaient agir rapidement, et les États-Unis y sont disposés. Des négociations sur des sujets complexes tels que le contrôle des armements ne peuvent toutefois pas être achevées en quelques jours, voire quelques semaines. Il s’agit de quelque chose que mon homologue, le vice-ministre des Affaires étrangères Riabkov, comprend très bien. Nous devons donner à la diplomatie et au dialogue le temps et l’espace nécessaires pour progresser sur des questions aussi complexes.

Nous avons appelé cela une session extraordinaire car elle s’est déroulée sans les réunions préliminaires des deux groupes de travail d’experts que les deux parties ont convenu de mettre en place lors de notre dernière réunion en septembre.

Mais c’était aussi une session extraordinaire en raison du contexte dans lequel nous nous trouvons.

Au moment où nous parlons, la Russie a amassé plus de 100 000 soldats le long des frontières de l’Ukraine.

Simultanément, Moscou prétend que c’est l’Ukraine qui cherche le conflit et se livre à des provocations, et non la Russie.

Il convient de répéter que c’est la Russie qui a envahi l’Ukraine en 2014. C’est la Russie qui continue d’alimenter une guerre dans l’est de l’Ukraine qui a coûté la vie à près de 14 000 Ukrainiens. Et maintenant, ce sont les actions de la Russie qui provoquent une nouvelle crise non seulement pour l’Ukraine mais pour toute l’Europe.

Un pays ne peut pas changer les frontières d’un autre par la force, ni dicter les termes de la politique étrangère d’un autre pays, ou interdire à un autre pays de choisir ses propres alliances. Ce sont des principes de base du système international, et ce sont des principes que la Russie a déjà acceptés à plusieurs reprises par le passé.

Nous avons été clairs par le passé, et nous l’avons été aujourd’hui, sur le fait que les États-Unis sont favorables à de véritables progrès par le biais de la diplomatie. Nous avons également réaffirmé que nous pensons que de véritables progrès ne peuvent intervenir que dans un climat de désescalade, et non d’escalade. Si la Russie continue à négocier et prend des mesures concrètes pour désamorcer les tensions, nous pensons que nous pouvons progresser. Mais si la Russie s’éloigne de la voie diplomatique, cela pourrait bien montrer qu’elle n’avait jamais envisagé sérieusement le recours à la diplomatie.

Nous avons clairement indiqué que la poursuite de l’invasion de l’Ukraine par la Russie s’accompagnerait de coûts et de conséquences importants bien au-delà de ce à quoi elle a été confrontée en 2014. Le président Biden l’a dit au président Poutine lors de son récent appel, et je l’ai dit clairement au vice-ministre des Affaires étrangères Riabkov également. La Russie se trouve devant un choix difficile.

Comme sur toutes les autres questions, les États-Unis poursuivront leur étroite coordination avec nos alliés et partenaires. Depuis le Nouvel an, le président Biden s’est entretenu directement avec le président ukrainien Zelensky. Le secrétaire Blinken s’est entretenu avec le ministre ukrainien des Affaires étrangères Kuleba et avec le haut représentant de l’UE Borrell, a organisé à une conférence téléphonique avec les Neuf de Bucarest, a accueilli la ministre allemande des Affaires étrangères Baerbock à Washington et a participé à une réunion virtuelle des ministres des Affaires étrangères de l’OTAN, pour ne nommer que quelques-unes de ses démarches.

De même, la semaine précédant mon arrivée à Genève, j’ai participé à des appels avec les ministres des Affaires étrangères grec et géorgien ; avec le secrétaire d’État espagnol ; avec le secrétaire général adjoint de l’OTAN ; avec le secrétaire général du SEAE Sannino et avec le secrétaire général de l’OSCE Schmid. J’ai également organisé une discussion de groupe avec la France, l’Allemagne, le Royaume-Uni et l’Italie.

Nous sommes donc en étroites relations, à tous les niveaux, avec nos alliés et partenaires, et cela restera le cas dans les jours et les semaines à venir.

Demain matin, très tôt, je me rendrai à Bruxelles pour rencontrer le secrétaire général de l’OTAN Stoltenberg et informer le Conseil de l’Atlantique Nord. Je rencontrerai également à nouveau le secrétaire général du SEAE, Sannino, et j’effectuerai une présentation devant le Comité politique et de sécurité de l’UE. Toutes ces réunions auront lieu avant le Conseil OTAN-Russie de mercredi, où je serai à la tête de la délégation américaine.

Je ne doute pas qu’au Conseil OTAN-Russie et à l’OSCE cette semaine la Russie entendra un message cohérent de la part des États-Unis et de nos alliés et partenaires, à savoir qu’il appartient à la Russie de désamorcer les tensions afin qu’il existe une possibilité réelle de trouver des solutions diplomatiques.

Merci encore de vous joindre à nous. Désolée s’il est parfois difficile de me comprendre derrière mon masque. C’est avec plaisir que je répondrai à vos questions. Merci.

M. PRICE :  Merci. Opérateur, pourriez-vous répéter les instructions pour poser une question s’il vous plait ?

OPÉRATEUR : Certainement. Mesdames et messieurs, si vous souhaitez poser une question, veuillez appuyer sur le 1 puis le 0 sur le clavier de votre téléphone. Vous pouvez retirer votre question à tout moment en répétant la commande 1 puis 0.

M. PRICE :  Merci. Nous allons commencer par la ligne d’Andrea Mitchell, s’il vous plait.

OPÉRATEUR : Merci. Un moment.

QUESTION :  Merci beaucoup. Pourriez-vous nous parler du type de sanctions que vous évoquez de manière plus générale ? Il y a eu une explication très détaillée de nos collègues du New York Times ce week-end. Parlons-nous du système SWIFT, parlons-nous de contrôles d’import-export sur des secteurs clés ? Pourriez-vous être un peu plus précise en ce qui concerne ce à quoi la Russie serait confrontée si elle ne choisissait pas la voie diplomatique ? Merci beaucoup.

SOUS-SECRÉTAIRE D’ÉTAT SHERMAN : Donc, Andrea, ce que nous avons dit, c’est que si la Russie envahit davantage l’Ukraine, il y aura des coûts et des conséquences importants bien au-delà de ce qui s’est passé en 2014. Nous sommes très prêts et en accord avec nos partenaires et alliés pour imposer ces coûts sévères. Vous avez vu des déclarations de l’OTAN, du G7, du Conseil européen. Nous sommes tout à fait en accord. Il s’agira par exemple de sanctions financières, et il a été signalé que ces sanctions comprendraient des institutions financières clés, des contrôles des exportations ciblant des industries clés, le renforcement de la position des forces de l’OTAN sur le territoire allié et une assistance accrue à la sécurité à l’Ukraine.

Je ne vais pas entrer dans des détails plus précis, Andrea, même si je comprends pourquoi vous le souhaitez, car nous voulons nous assurer que ces sanctions aient un impact, qu’elles ne peuvent pas toutes être anticipées par la Russie si nous devons les imposer, et qu’elles aient les conséquences que nous savons qu’elles peuvent avoir.

QUESTION : Mais pour être précis, puis-je rebondir sur ce que vous entendez par un soutien accru à l’Ukraine ? Voulez-vous dire l’Ukraine – le gouvernement ukrainien et les milices ukrainiennes ?

SOUS-SECRÉTAIRE D’ÉTAT SHERMAN : Je parle de l’assistance à l’Ukraine en matière de sécurité. Comme vous le savez, nous avons déjà fourni une assistance en matière de sécurité. Nous continuons de le faire et nous l’augmenterions. Et il n’y a pas que les États-Unis ; il y a tous les autres gouvernements en Europe qui fournissent une assistance en matière de sécurité à l’Ukraine.

M. PRICE :  Nous allons passer à la ligne de Jennifer Hansler, s’il vous plait.

QUESTION : Merci beaucoup pour cet appel. Les Russes parlent évidemment en même temps, et ils disent qu’ils ont dit à la partie américaine qu’il n’est pas nécessaire de craindre une escalade, qu’ils n’ont pas l’intention d’attaquer l’Ukraine. Pourriez-vous préciser ce qu’ils vous ont dit et dans quelle mesure vous les croyez ?

Et puis en termes de discussions, ont-ils – ont-ils soulevé des questions dont vous n’étiez pas disposés à discuter aujourd’hui ? Croyez-vous qu’ils aient négocié de bonne foi ?

SOUS-SECRÉTAIRE D’ÉTAT SHERMAN :  Il s’agissait aujourd’hui d’une discussion, pour avoir une meilleure compréhension de l’autre et des priorités et préoccupations de chacun. Ce n’était pas ce que l’on appellerait une négociation. Nous n’en sommes pas à un point où nous sommes prêts à rédiger un texte et à commencer à faire des allers-retours. En fait, nous n’avons pas examiné un traité qu’ils auraient mis sur la table mot pour mot et ligne par ligne. Nous ne sommes donc pas dans ce genre de situation. Nous essayons d’avoir des conversations très sérieuses, professionnelles, franches, lucides et directes les uns avec les autres pour mieux comprendre les préoccupations et les priorités de chacun.

En ce qui concerne les 100 000 soldats massés aux frontières, je ne pense pas que vous seriez surpris d’entendre que la Russie nous a bien dit, comme elle l’a dit publiquement, qu’elle n’a pas l’intention de procéder à une invasion, ce ne sont que des manœuvres et des exercices. Mais je voudrais noter que personne n’a été informé de rien de tout cela, alors qu’en général que nous nous informons mutuellement des exercices les uns les autres lorsque nous le pouvons. Et ils peuvent prouver qu’en fait ils n’en ont aucune intention en désamorçant la situation et en renvoyant les troupes dans les casernes.

M. PRICE :  Nous allons passer à Missy Ryan, s’il vous plait.

QUESTION : (Inaudible) les responsables et qui avaient effectué un point de presse ces derniers jours ont évoqué, et j’espère que vous pourrez fournir des éclaircissements supplémentaires à ce sujet, à savoir s’il y aura ou non une discussion sur les niveaux de troupes américaines en Europe lors de l’une des conversations cette semaine. Je sais qu’on nous a dit que cela ne serait pas évoqué et ne faisait pas partie des thèmes des pourparlers bilatéraux américano-russes d’aujourd’hui. Pouvez-vous exclure une discussion sur tout changement du nombre de soldats américains ou une discussion sur un futur format ou lieu potentiel, une discussion de quelque chose du genre FCE lors de la réunion Russie-OTAN, ainsi que lors de la réunion de l’OSCE ? Je voudrais juste expliciter tout – éviter toute confusion à ce sujet. Merci.

SOUS-SECRÉTAIRE D’ÉTAT SHERMAN : Nous n’avons pas eu de discussions sur le nombre de soldats américains. Je ne pense pas que cela fasse partie des questions soulevées lors de nos discussions. Ce n’est pas prévu. Ce n’est pas un sujet de conversation. Le Traité sur les forces armées conventionnelles en Europe est un accord de longue date qui est très important, pas toujours pris en compte par la Russie, mais le nombre de soldats et le nombre de soldats américains n’étaient pas à l’ordre du jour pour aujourd’hui.

M. PRICE :  Passons à Matt Lee, s’il vous plaît.

QUESTION : Je suis un peu curieux de savoir s’il y a eu quelque chose dans les discussions d’aujourd’hui qui vous donne, par exemple, de l’espoir dans la perspective de discussions futures. Y a-t-il eu des accords pour poursuivre les discussions du groupe de travail, ce genre de choses, ou des accords à ce sujet ?

Et puis deuxièmement, on a beaucoup parlé de désescalade. Et à partir de – je voudrais savoir ce que vous entendez par désescalade. S’agit-il de procéder au retrait de toutes les troupes ou d’une partie des troupes de la frontière ? Parce que je comprends le contexte de tout cela – la Géorgie et 2014 – mais ces soldats russes sont en territoire russe. En fait, elles ne sont encore allées nulle part. Alors, que serait une désescalade pour vous ? Merci.

SOUS-SECRÉTAIRE D’ÉTAT SHERMAN : Je commencerai par la dernière partie, Matt. C’est vraiment ce que j’ai dit avant : renvoyer les troupes à la caserne ou nous dire quels exercices sont en cours et quel est leur but. Ce n’est pas clair du tout. On n’envoie pas normalement 100 000 soldats à une frontière juste pour faire des manœuvres. C’est assez extraordinaire et tout se passe à la frontière de l’Ukraine. L’intention était donc clairement d’envoyer un message décisif. Comme l’a dit le général Mingus qui était avec nous dans cette délégation, nous pouvons voir ce qu’ils font tout comme ils peuvent voir ce que nous faisons. Ce n’est donc pas un mystère que nous devrions voir leurs troupes à la frontière. Ils savaient que nous le verrions. Ils savaient que cela nous inquiéterait, et c’est certainement pour une très bonne raison.

Quant aux espoirs de discussions futures, Matt, il est très difficile pour les diplomates de faire le travail que nous faisons si l’on a aucun espoir. Alors bien sûr, j’ai de l’espoir, mais ce qui m’importe le plus, ce sont les résultats. Nous avons eu, comme je l’ai dit, des discussions sérieuses, directes, pragmatiques et franches. Vous savez, Matt, parce que vous suivez ces choses depuis des années, que le ministre Riabkov et moi nous connaissons très bien. Nous avons travaillé ensemble sur l’accord sur les armes chimiques en Syrie. Nous avons travaillé ensemble sur l’accord sur le nucléaire iranien. Nous travaillons évidemment maintenant sur le DSS dans mon rôle de sous-secrétaire d’État. Nous nous connaissons très, très bien. Nous pouvons donc être très honnêtes les uns envers les autres dans la mesure du possible, sachant que nous devons défendre nos intérêts nationaux et que nous sommes très loyaux envers ces intérêts nationaux.

Et je pense que ce que j’ai dit précédemment, c’est ce qui va se passer, c’est-à-dire que nous procéderons à toutes ces discussions cette semaine. Nous réfléchirons sur toutes ces questions. J’espère qu’en les intégrant, en discutant avec nos partenaires et alliés à l’OTAN, à l’OSCE, nous aurons ensuite d’autres conversations avec le gouvernement russe et déciderons de la meilleure voie à suivre.

M. PRICE :  David Sanger, s’il vous plait.

OPÉRATEUR : David, votre ligne est ouverte. Allez-y s’il vous plaît.

M. PRICE :  David, si vous parlez, vous êtes peut-être en mode silencieux. D’accord, on n’entend pas David.  Passons à la ligne de —

QUESTION :  Je crois qu’on l’a ici maintenant.

M. PRICE :  Allez-y.

QUESTION :  Est-ce que vous m’entendez, Ned ?

M. PRICE :  Oui.

QUESTION : D’accord. Désolé. Merci, secrétaire Sherman de participer à cet appel.

Je voudrais revenir sur votre mention selon laquelle – vous êtes prêts à discuter d’une résurrection du traité FNI. Bien sûr, au cours de l’administration Obama, puis de celle de Trump, on a craint que la Russie ne le viole. Avez-vous – pouvez-vous nous donner une idée un peu plus précise de votre concept et de la façon dont vous le reconstitueriez sans le genre de violations qui vous préoccupait ? Et les Russes ont-ils répondu d’une manière ou d’une autre à votre offre ?

SOUS-SECRÉTAIRE D’ÉTAT SHERMAN :  Eh bien, permettez-moi de vous le dire de cette façon, David. Les Russes ont répondu aux préoccupations que nous avions qui ont conduit à la disparition définitive du traité FNI. Il ne s’agissait pas d’une négociation, nous avons donc mis des idées sur la table aujourd’hui. Et nous avons un long chemin à parcourir, mais bien sûr, il existe des inquiétudes constantes concernant les missiles à portée intermédiaire. C’est bien la raison pour laquelle il y a eu un traité FNI en premier lieu. Cette préoccupation demeure, et s’il existe un moyen pour nous d’y remédier à l’avenir, notamment à nos préoccupations qui ont conduit à la disparition du traité, c’est quelque chose qui mérite d’être examiné pour voir si, en fait, des mesures réciproques peuvent être prises pour favoriser notre sécurité.

M. PRICE :  Passons à Laura Kelly.

QUESTION : (Inaudible) donner une indication au cours de vos réunions selon laquelle Moscou est prêt à désamorcer la situation étant donné que son regroupement de soldats a entraîné la programmation de ces sessions extraordinaires de réunions ?

SOUS-SECRÉTAIRE D’ÉTAT SHERMAN : Je ne pense pas que nous ayons la réponse à cette question. Nous avons dit très clairement qu’il est très difficile d’avoir une diplomatie constructive, productive et réussie sans désescalade, car l’escalade augmente évidemment les tensions et ne crée pas le meilleur environnement pour de vraies négociations, ce à quoi nous n’avons pas pu parvenir aujourd’hui, mais à quoi il faudrait arriver en fin de compte ici. Nous verrons donc si, en fait, la Russie comprend que la meilleure diplomatie est pour elle de réduire ces tensions et de désamorcer la situation. On verra à quel point ils sont sérieux.

M. PRICE :  Nous allons passer à Elmar Thevessen de la chaîne de télévision allemande ZDF.

QUESTION : (Inaudible) projets de traités, secrétaire Sherman. Riabkov a-t-il réellement proposé les projets de traités que la Russie a présentés il y a quelques semaines comme base de tout ? Ce sera une question.

Et deuxièmement, vous avez également mentionné les contrôles à l’exportation qui pourraient être ou sont sur la liste des sanctions possibles. Vous attendez-vous à ce que les pays européens participent à ces contrôles à l’exportation, y compris, par exemple, pour la technologie et les produits techniques exportés vers la Russie ?

SOUS-SECRÉTAIRE D’ÉTAT SHERMAN :  Il ne fait aucun doute que les projets de traités que la Russie a rendus publics étaient la base de travail russe lors des conversations d’aujourd’hui. Quoi qu’il en soit, nous avons également soulevé nos préoccupations. Nous n’avons pas examiné ce projet de traité point par point, mais il y a certainement été fait référence, ainsi qu’aux articles qu’il contient. Alors oui, il était très présent dans la pièce même si ce n’était pas le document à partir duquel nous travaillions.

Deuxièmement, en ce qui concerne les contrôles des exportations, nous discutons de manière intensive avec des partenaires et des alliés sur les contrôles des exportations et sur la meilleure façon de procéder, et nous constatons qu’ils sont bien compris et font l’objet d’un d’accord significatif et de beaucoup d’intérêt.

M. PRICE :  Passons à Nike Ching.

QUESTION : Comment décririez-vous le niveau de confiance entre vos deux pays ? Et séparément, si je peux vous poser la question, la semaine dernière, le président chinois Xi Jinping s’est entretenu par téléphone avec le président ukrainien Zelensky à l’occasion du 30e anniversaire des relations diplomatiques bilatérales. Tous deux ont convenu de faire progresser le partenariat stratégique entre la Chine et l’Ukraine. Question : Comment les États-Unis évaluent-ils l’influence chinoise sur l’Ukraine ? Les États-Unis s’attendent-ils à ce que la Chine joue un rôle pour dissuader la Russie de poursuivre son agression militaire contre l’Ukraine alors même que la Russie et la Chine approfondissent leur coopération militaire ? Merci beaucoup.

SOUS-SECRÉTAIRE D’ÉTAT SHERMAN :  Merci pour vos questions. Tout d’abord, en tant que diplomate et négociatrice, je n’aborde généralement pas ce genre de situations sur la base de la confiance. J’essaie de respecter le fait que d’autres pays ont leurs propres intérêts et que ces intérêts peuvent être différents des nôtres, et d’essayer de les comprendre. Je pense que ce qui compte ce sont les résultats. Sont-ils réciproques ? Cela favorise-t-il la sécurité des États-Unis d’Amérique ? Quelle est la responsabilité que le secrétaire d’État et le président m’ont demandé d’assumer en tant que cheffe de la délégation américaine ?

Donc pour moi, il s’agit de faire le travail, de voir si les résultats – si l’un peut comprendre les intérêts de l’autre, même s’ils ne peuvent pas être satisfaits, parce qu’ils ne correspondent pas à nos intérêts de sécurité, de voir si en fait vous pouvez parvenir à quelque chose de réciproque car cela assure notre sécurité.

Et en ce qui concerne votre deuxième question, ce n’était vraiment pas le sujet de nos discussions ou considérations à ce stade, donc je ne suis pas sûre d’avoir une réponse très utile pour vous.

M. PRICE :  Nous allons passer à Mike Eckel de Radio Free Europe.

OPÉRATEUR : Mike, votre ligne est ouverte. Posez votre question s’il vous plaît.

QUESTION : Merci beaucoup. Ma question concerne spécifiquement l’OTAN. Je compare ce point de presse particulier et celui du vice-ministre des Affaires étrangère Riabkov, et il indique clairement que l’OTAN ou l’expansion de l’OTAN a fait l’objet de discussions d’une nature quelconque aujourd’hui, et que d’après M. Riabkov, la position exprimée par les Américains n’était qu’un refus catégorique sur la question d’une nouvelle expansion de l’OTAN. Je me demande donc si vous pouvez caractériser la nature de la question de l’OTAN et les modalités de sa discussion avec M. Riabkov aujourd’hui.

SOUS-SECRÉTAIRE D’ÉTAT SHERMAN : Eh bien, il est sûr que si vous avez écouté M. Riabkov, vous en savez plus que moi, parce que je me suis écoutée moi-même et je vous ai tous écoutés. Mais je suis sûre qu’il dit que la Russie pense qu’il ne devrait pas y avoir d’expansion supplémentaire de l’OTAN. C’était très clair d’après le projet de traité qu’il – ils ont présenté deux projets de traités ; l’un avec les États-Unis, l’autre avec l’OTAN. Et nous avons dit sans ambiguïté que nous ne prenons pas de décisions pour les autres pays. Nous n’accepterons pas qu’un pays ait un droit de veto sur tout autre pays lorsqu’il s’agit de faire partie de l’Alliance de l’OTAN. L’OTAN a ses propres processus pour cela, et nous soutenons ces processus, et nous sommes fermement convaincus que les pays peuvent faire leurs propres choix en matière de politique étrangère, de leur propre souveraineté et de leur propre intégrité territoriale. Et cela ne devrait pas être décidé par d’autres et ne devrait certainement pas être décidé par la force.

M. PRICE :  Nous avons le temps pour une ou deux dernières questions. Nous allons passer à Vivian Salama, s’il vous plaît.

QUESTION : (Inaudible) revenir sur une question de Matt Lee, juste pour savoir si vous pouviez vraiment, clairement nous dire où en sont les choses maintenant. Les Russes doivent-ils prendre des mesures particulières, comme une réduction du nombre de soldats, ou autre chose, pour éviter que les États-Unis et leurs alliés ne prennent certaines des mesures dont ils ont menacé, que ce soit des sanctions ou autre chose ? Et y a-t-il une date butoir pour ces mesures, pour éviter fondamentalement que le statu quo n’entraîne l’inaction des États-Unis et de leurs alliés ? Merci.

SOUS-SECRÉTAIRE D’ÉTAT SHERMAN :  Je pense que vous avez probablement entendu le secrétaire Blinken dire que la Russie a le choix entre deux voies. L’un est la voie de la diplomatie, qui, espérons-le, assure non seulement la sécurité de la Russie, mais la nôtre, celle de nos alliés et partenaires. L’autre est la dissuasion et le coût. Et nous ferons ce qu’il faut pour dissuader la Russie de prendre toute mesure qui serait fâcheuse envers l’Ukraine, et faire en sorte que celle-ci s’accompagne de coûts énormes – des coûts substantiels, significatifs et vraiment contraignants. Et c’est vraiment un choix très difficile, et je soupçonne que seul M. Poutine, le président Poutine peut en décider. Nous avons certainement exhorté la Russie à désamorcer la situation, à créer un environnement propice à l’action diplomatique. Mais nous verrons.

M. PRICE :  Nous allons passer à Anton LaGuardia de The Economist.

QUESTION : Bonjour, vous m’entendez ?

M. PRICE :  Allez-y s’il vous plaît.

QUESTION :  Allo ?

SOUS-SECRÉTAIRE D’ÉTATSHERMAN :  Oui.

QUESTION :  Est-ce que vous m’entendez ?

M. PRICE :  Oui, allez-y s’il vous plaît.

QUESTION :  Oh – merci. Je voulais poser une question sur le point sur la réciprocité que vous avez mentionné à plusieurs reprises. Pouvez-vous développer ce que vous entendez par là en termes de manœuvres et de missiles ? Et avez-vous eu le sentiment que les Russes étaient prêts à prendre ce point en compte ? En fait, étaient-ils prêts à accepter le calendrier plutôt prolongé de négociations formelles que vous avez fixé ? Merci.

SOUS-SECRÉTAIRE D’ÉTAT SHERMAN :  Eh bien, sur votre dernier point, nous n’avons pas établi de calendrier précis pour quoi que ce soit. Mon – certainement, les Russes ont dit qu’ils aimeraient agir rapidement. Nous avions dit que s’il y avait des mesures que nous pouvons prendre, du travail qui peut être fait, c’est avec plaisir que nous avancerons le plus rapidement possible. La seule remarque que j’ai faite dans mes propos liminaires est que ce genre de négociations sur le contrôle des armements – comme M. Poutine lui-même l’a dit, le président Poutine lui-même l’a dit – ne se déroulent pas en un jour ou même une semaine. Elles sont généralement assez complexes, très techniques et prennent du temps. Mais nous sommes certainement disposés à agir aussi rapidement que possible dans ces circonstances.

Sur ce point de réciprocité, les accords de contrôle des armements ne fonctionnent et ne sont durables que s’ils sont réciproques, lorsque les deux parties prennent des mesures qui assurent la sécurité mutuelle. Et donc, quoi que nous puissions faire ici – et ce n’est pas encore clair parce que nous n’en sommes qu’au début et nous ne savons pas encore où tout cela nous mène – tout ce que nous faisons, que nous pourrions proposer en tant qu’idée, nous attendrions une action réciproque de la Russie. Il est possible que cela ne soit pas exactement la même action. Il peut s’agir d’une autre action dans un esprit de mutualité et de réciprocité, et c’est tout à fait essentiel dans notre – tout contrôle des armements.

M. PRICE :  Michele Kelemen.

QUESTION : (Inaudible) si le Kazakhstan a été mentionné dans cette discussion aujourd’hui. Et puis plus largement, Anatol Lieven a lancé cette idée selon laquelle les États-Unis et la Russie devraient envisager la neutralité pour l’Ukraine un peu comme l’Autriche pendant la guerre froide. Et je me demande si vous pensez qu’il serait peut-être temps d’envisager des idées plus originales comme celle-là. Merci.

SOUS-SECRÉTAIRE D’ÉTAT SHERMAN :  La question du Kazakhstan n’a pas été abordée aujourd’hui, pour répondre rapidement à cette question. Sur l’idée de neutralité, nous avons un principe vraiment essentiel : pas de décisions sur l’Ukraine sans l’Ukraine. L’Ukraine décide de l’orientation de sa politique étrangère. Elle décide de son avenir. L’OTAN décide du processus d’adhésion à l’OTAN et de la manière dont on le met en œuvre. Aucun pays ne devrait avoir un droit de veto ou prendre des décisions pour les autres concernant leur avenir.

M. PRICE : Et nous allons prendre une dernière question de Nick Schifrin, s’il vous plaît.

QUESTION : Wendy, merci beaucoup, si vous pouvez m’entendre. David a posé une question précise sur le FNI. Je me demandais si vous pouviez nous indiquer le degré de spécificité des discussions en ce qui concerne les déploiements et les exercices de missiles et si Riabkov était réellement disposé à parler des priorités des États-Unis. Et en fin de compte, savez-vous mieux aujourd’hui si les propositions russes du mois dernier ont été conçues pour être rejetées puis utilisées comme prétexte pour la guerre, ou en fait s’il s’agissait d’une offre d’ouverture en vue d’une négociation sérieuse ?

SOUS-SECRÉTAIRE D’ÉTAT SHERMAN :  Les Russes vous diraient qu’il s’agissait d’une offre ouverte en vue d’une négociation sérieuse, et nous verrons si c’est effectivement le cas. Concernant les exercices de déploiement de missiles, nous avons avancé quelques idées. Je ne vais pas entrer dans les détails de ces idées. Bien entendu, nous consulterons nos partenaires et alliés au cours des prochains jours au sujet de certaines de ces idées. Et je dirais que même sur des choses qui ne sont pas des priorités russes, qui ne sont peut-être pas leurs premières ou deuxièmes priorités, nous avons eu aujourd’hui des discussions et des échanges utiles qui nous aideront à décider de la voie à suivre.

M. PRICE : Merci beaucoup, Madame la sous-secrétaire Sherman. Merci beaucoup à tous d’avoir participé à cet appel. Juste à titre de rappel, cet appel est un appel officiel avec la sous-secrétaire d’État Wendy R. Sherman, et il n’est pas sous embargo. Je vous souhaite à toutes et à tous une bonne journée.


Voir le contenu d’origine : https://www.state.gov/briefing-with-deputy-secretary-wendy-r-sherman-on-the-u-s-russia-strategic-stability-dialogue/

Nous vous proposons cette traduction à titre gracieux. Seul le texte original en anglais fait foi.

U.S. Department of State

The Lessons of 1989: Freedom and Our Future